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Sabrina Herlory

Sabrina Herlory, femme d’action

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C’est la proportion de femmes parmi les PDG du CAC40 en 2019, selon un rapport de l’Observatoire des Multinationales. Si l’on inclut les femmes directrices générales ou présidentes de conseil d’administration, on monte péniblement à 3,8%. 16% dans les comités de direction, les Comex.

Pourtant, la loi Copé-Zimmermann impose depuis 2011 un quota de 40 % de femmes au conseil d’administration des grandes et moyennes entreprises, qui place la France en première de la classe en matière de mixité des CA (45 % en 2019). Mais les femmes sont encore sous-représentées à la tête des grandes entreprises, un solide plafond de verre les empêchant de se hisser en haut de la hiérarchie.

Des femmes directrices générales de grandes entreprises, il y en a donc peu. Et de jeunes femmes, encore moins. C’est pourquoi je tiens aujourd’hui à vous présenter Sabrina Herlory. Sortie d’HEC Paris en 2002, son ascension fulgurante donne le tournis : responsable marketing l’Occitane à NYC en 2006, directrice marketing l’Occitane Grande-Bretagne, puis Europe, puis monde. Nommée directrice générale de l’Occitane France & Europe à seulement 34 ans, elle intègre ensuite le groupe Estée Lauder en 2016 pour finalement prendre la direction générale de M.A.C. Cosmetics France un an plus tard.

Déterminée et sorore, Sabrina Herlory est, à l’instar de son amie Aurélie Jean, l’incarnation parfaite d’un rôle modèle pour les jeunes filles et jeunes femmes. Ça tombe bien, elle a accepté de répondre à mes questions pour Meufer.

Sabrina Herlory
Illustration : Solène Ciesla

Avant tout, merci de prendre le temps de discuter avec moi. Comme mentionné à nos lectrices, vous avez été nommée à un premier poste de directrice générale à l’âge de 34 ans. C’est plutôt rare pour une femme, encore plus pour une jeune femme. Avez-vous fait l’objet de sexisme dans votre carrière ? Ou durant vos études avant cela ?

Je ne me suis posé la question du genre que très tard. A l’école ce n’était pas un sujet, en classe prépa ce n’était pas un sujet. A HEC, j’ai vécu des blagues lourdes, de la drague grossière mais pas tant que ça. J’avais la particularité d’être boursière, et très tôt j’ai organisé mes études pour pouvoir travailler en parallèle, donc ma scolarité était un peu aménagée et je ne passais pas suffisamment de temps sur le campus pour que ce sexisme me touche.

Ma première prise de conscience d’une différence liée au genre a eu lieu à la sortie de mes études, lorsque j’ai commencé à bosser en tant que responsable export. J’avais 23 ans, je faisais des tournées en Amérique latine qui pouvaient durer jusqu’à cinq semaines et couvrir jusqu’à neuf pays, et mes interlocuteurs étaient les fondateurs des boîtes d’importation de parfums. Des hommes latins beaucoup plus âgés, riches, très puissants localement, et qui avaient une vision un peu arriérée de la femme. Il m’a fallu m’imposer, dans une langue qui n’était pas la mienne. Quand on est “féminine” en plus, on nous colle vite des étiquettes. Aujourd’hui ça me fait rire, j’en joue, mais pendant longtemps ça n’a pas été simple.

Cette expérience m’a appris que l’humour était une arme remarquable pour désamorcer des tentatives d’intimidation ou des petites remarques déplacées.

L’humour et le fait de travailler énormément, de redoubler de professionnalisme, font que j’ai réussi à être prise au sérieux. Par contre, il faut souligner les remarques sexistes en étant intraitable, avec le message : “Ok, ce que tu viens de me dire je préfère en rire, mais ce n’est pas malin”. Souvent, quand les gens sont moqués, voire un peu bousculés, ils ne recommencent pas. J’ai donc été confrontée à un peu de sexisme ordinaire, mais pas à un sexisme extrêmement violent, ni à des formes prononcées de discrimination. Il faut dire que j’étais de passage, j’étais là pour mener mes négociations, prendre mes commandes, mener mes opérations marketing et je repartais. Je n’étais pas en situation hiérarchique avec ces entreprises et ces individus, ce qui aurait sûrement été bien plus difficile, car j’ai bien vu qu’il y avait une place assignée aux femmes qui n’était pas celle que j’avais constatée ni apprise dans le monde d’où je venais.

Ensuite, j’ai rejoint L’Occitane aux États-Unis, et là, de façon assez étonnante, je n’ai vécu aucun sexisme. Le monde anglo-saxon est un monde assez pragmatique où l’argent et le business sont tellement importants que finalement, si vous produisez de la valeur, si vous êtes bons dans ce que vous faites, c’est ça qui prime. En tous cas c’était le cas pour moi : j’apportais des idées, les gens étaient contents de mon boulot, donc le fait que je sois une jeune femme n’était pas important. Par la suite, j’ai travaillé en Angleterre, toujours dans ce monde anglo-saxon, et David Boynton – à présent CEO monde The body shop et qui est resté un bon ami, n’a jamais fait la moindre différence liée au genre. Finalement, même si j’évoluais dans le monde du retail (NDRL : le commerce du détail, en français), où les postes à responsabilités et décisionnels étaient occupés par des hommes, avec une approche du business qu’on peut qualifier de très “virile” – c’est-à-dire une approche d’action avec peu de place pour l’introspection ou la réflexion, je n’ai pas été spécialement victime de sexisme.  

D’ailleurs, ce sont des hommes qui ont cru en moi, des hommes qui m’ont choisie, des hommes qui m’ont donné mes opportunités. Quand j’ai été nommée directrice générale L’Occitane France à 34 ans, c’est le directeur général monde de l’époque qui avait repéré mon potentiel. Il  trouvait que j’avais la niaque, que je faisais du super boulot et il m’a donné ma chance très jeune. Je pense que c’est important de le dire, qu’il y a quand même des hommes qu’on pourrait quasiment qualifier de féministes malgré eux – même s’ils ne se reconnaîtraient pas dans la formule, c’est-à-dire qui ne se préoccupent pas du genre, sont justes et donnent leur chance aux personnes qui font leurs preuves.

Puisqu’on parle de féminisme, d’où vient le vôtre ? Comment le définissez-vous ?

Je crois que mon féminisme est un féminisme d’action. Je ne suis pas une grande intello, je ne théorise pas tellement ce qu’est le féminisme. Pour moi la définition est assez simple, il s’agit juste de vouloir l’égalité des droits et des options entre les hommes et les femmes. Je veux que ma fille puisse avoir exactement les mêmes opportunités que son frère, voilà.

Je n’ai pas vécu d’épisodes sexistes traumatiques, et je pense que c’est bien aussi de montrer qu’on peut être féministe sans avoir soi-même souffert de violence sexiste ou sexuelle, uniquement parce qu’on constate que certaines choses ne fonctionnent pas comme elles le devraient, qu’il y a un génie féminin qui n’est pas reconnu à sa juste valeur, et qu’on se sent une obligation morale à le faire advenir.

Et mon angle d’attaque, c’est vraiment d’agir, ça correspond à mon tempérament. Je n’aime pas palabrer, je n’ai pas cette espèce de défaut très français de refaire le monde à l’infini et ne pas bouger. Pour moi, il n’y a que le make it happen qui compte et c’est lié à la culture du résultat dans laquelle j’ai été élevée.

Sabrina Herlory
Photo : www.iwffrance.org

D’autre part, je pense que mon féminisme s’est éveillé à la lecture et à l’écoute de beaucoup de parcours de femmes, et de rencontres. C’est mon implication associative qui m’a éveillée au féminisme.

Quelles ont été vos rencontres les plus marquantes ?

Il y en a trois vraiment fondatrices, disons.

La première, c’est avec Tina Kieffer, qui a créé en 2006 l’association Toutes à l’école, au Cambodge. Les hasards de la vie l’ont amenée dans ce pays : elle y a adopté une petite fille et s’est ensuite dit : « J’en ai sauvé une mais qu’est-ce que je fais des autres ? ». Le Cambodge est un pays où, par tradition, les petites filles ne sont pas éduquées dans les familles pauvres. On choisit plutôt d’envoyer les garçons à l’école, parce que les retours sur investissements sont bien moindres pour les filles. Et c’est également un pays où il y a beaucoup de prostitution infantile. Alors Tina a bouleversé toute sa vie et sa carrière de journaliste pour se consacrer exclusivement à la levée de fonds et à la construction de l’école Happy Chandara. Aujourd’hui, grâce à cette initiative, 1200 petites filles reçoivent une éducation de grande qualité du primaire à la fin du lycée, en trois langues (anglais, français et khmer), ce qui évidemment change totalement leur avenir. Elles pourront plus tard embrasser tous les métiers qu’elles souhaitent, et surtout, elles représentent l’élite de demain du Cambodge, une élite féminine qui n’existait pas jusqu’ici dans ce pays. La rencontre avec cette femme m’a vraiment fait comprendre que naître fille, dans beaucoup d’endroits du monde, c’est quand même vraiment, vraiment pas de bol. Moi je suis née en France, un pays qui n’est certes pas parfait, mais qui m’a permis de bénéficier de super opportunités, et j’en suis vraiment reconnaissante. À la suite de ma rencontre avec Tina, j’ai commencé à l’aider à lever des fonds, et j’ai rejoint le conseil d’administration de cette association.

Ma seconde rencontre vraiment marquante, c’est avec Anne-Cécile Mailfert, qui a créé la Fondation des Femmes, et qu’on m’a présentée par hasard. Son constat, c’était qu’on récoltait énormément d’argent pour beaucoup de causes, exceptée celle des violences faites aux femmes, dont les externalités négatives sociétales sont pourtant gigantesques et dont tout le monde se foutait, malgré un nombre effarant de femmes violées, violentées, et discriminées. J’ai trouvé Anne-Cécile géniale et, puisqu’elle était déjà bien organisée d’un point de vue juridique et lobbying mais pas du tout sur la levée de fonds, je lui ai dit : « Je vais t’aider là-dessus, je pense qu’il faut qu’on soit ambitieuses et qu’on aille chercher de l’argent ». On a commencé à lever de l’argent ensemble, à monter des galas de levée de fonds pour les reverser à des associations. A présent, je suis ambassadrice marraine et je fais partie de son comité stratégique.

Et la troisième rencontre structurante vraiment pivot c’est celle de Ghada Hatem, gynécologue obstétricienne à l’hôpital de Saint-Denis (93), qui un jour en a eu assez de récupérer des femmes très abîmées sur sa table d’opération. Elle a créé la Maison des Femmes de Saint-Denis, un endroit holistique qui accueille les femmes violentées et qui propose également un planning familial et de la sensibilisation dans les lycées et collèges de Seine Saint-Denis. Elle a également mis en place une cellule de dépôt de plaintes au sein de la maison de femmes de Saint-Denis, car le parcours classique pour déposer plainte est vraiment beaucoup trop long et compliqué. 

Déjà, les numéros d’appel ne fonctionnent pas 24h/24 car il n’y a pas assez d’argent pour les faire fonctionner. Ensuite il faut aller à l’hôpital pour monter un dossier médical et faire constater les lésions, subir des prélèvements de sperme, puis il faut aller porter plainte au commissariat. Tout ça alors que vous venez de subir un traumatisme majeur. Donc évidemment beaucoup de femmes ne portent pas plainte quand elles ont été violées. 

Aujourd’hui, un dépôt de plainte est possible directement à la Maison des Femmes de Saint-Denis, plusieurs jours par semaine grâce à une permanence assurée par la police, et Ghada essaye de le mettre en place 24h/24. Elle œuvre à réparer les femmes physiquement mais aussi psychologiquement, et réfléchit d’ailleurs à de la réinsertion professionnelle. En l’écoutant raconter les histoires de ces femmes, plus tristes, consternantes et révoltantes les unes que les autres, je me suis demandée comment je pouvais l’aider. On est à présent toute une bande de filles à s’organiser autour d’elle, pour lever de l’argent et l’aider à mener à bien ses projets, notamment l’ouverture de Maison des Femmes ailleurs en France.

Alors voilà, en tant que française issue de la classe moyenne, qui a bénéficié de l’ascenseur social et de la méritocratie républicaine, l’idée que de nombreuses filles, de par le hasard de leur naissance, n’auront absolument jamais accès à certaines opportunités parce que ce sont des filles, m’est totalement insupportable. Et quand je regarde les statistiques du monde professionnel, les différences flagrantes d’opportunités fille/garçon même au sein de mon pays, eh bien beaucoup de choses ne me satisfont pas – et je pense ne satisfont pas ma génération, et j’essaye d’œuvrer comme je peux pour les faire évoluer.

Vos actions féministes sont donc associatives, avez-vous d’autres champs d’action ?

J’aide à mon échelle, de plusieurs façons. Premièrement en essayant d’incarner un super rôle modèle de femme business. Deuxièmement en étant dans l’action au sein de ma propre entreprise. Troisièmement en m’engageant dans l’associatif, en levant de l’argent et faisant en sorte que des gens dont c’est le métier puissent radicalement impacter les destins individuels de gens au quotidien. Et le dernier point, et j’insiste dessus parce que j’y crois énormément, c’est la sororité. Jusqu’ici les filles ne se sont jamais vraiment reconnues entre elles, soutenues, tendu la main. Il me semble qu’on est la première génération de femmes à le faire. Personnellement j’ai toujours beaucoup promu de femmes, et j’ai aussi observé leurs doutes. 

La différence avec les hommes, dans le monde professionnel, c’est qu’ils ont besoin d’être prêts à 40% pour se lancer, là où les femmes ont besoin de se sentir capables à 100%. 

Alors je crois qu’on a toutes un rôle d’échange, de networking, de soutien psychologique les unes envers les autres. J’ai toujours trouvé les femmes hyper bosseuses, hyper courageuses, hyper fiables dans le monde professionnel. Mais il faut qu’elles osent avoir confiance en elle, avoir de l’audace. Et ça, c’est aussi notre rôle quand on est à des postes décisionnels, de leur donner parfois le petit je-ne-sais-quoi de confiance qui leur donne l’audace de se lancer. Alors à mon modeste niveau, j’essaie de me rendre disponible quand les femmes veulent me rencontrer. J’essaie de promouvoir des femmes, je fais aussi pas mal de mentoring au Club XXIe Siècle pour écouter, conseiller, et donner de la force à des femmes qui doutent.

Et je pense aussi que c’est notre rôle aujourd’hui que de détecter dans les générations installées et celles qui s’installent, des hommes vraiment convaincus de notre égalité en droits, des alliés féministes, des ambassadeurs. J’en rencontre souvent et c’est réjouissant. On a besoin qu’ils soient nos chevaux de Troie, qu’ils aillent eux-mêmes faire infléchir des DRH, des chasseurs de tête, des grands patrons, qu’ils aident à lever des freins inconscients. Qu’ils deviennent eux-mêmes les mentors de femmes, en les conseillant. Je pense que cela peut avoir un effet d’entraînement hyper positif.

Sinon, je crois vraiment aux quotas. Ils permettent aux femmes d’accéder à des opportunités qu’elles n’auraient peut-être pas eues autrement, d’apprendre de nouvelles fonctions, de se rendre compte qu’elles en sont tout à fait capables. Et puis les quotas sont importants car lorsque l’on injecte de la diversité dans des instances décisionnelles, les gens sont obligés de se tenir. Quand il y a par exemple des personnes issues des minorités visibles, des personnes homosexuelles ou encore des femmes, eh bien on ne fait plus de blagues racistes / homophobes / sexistes.

En tant que femme directrice générale, avez-vous l’impression d’agir différemment de mettre en place des choses différentes que ce que ferait un homme par exemple ?

C’est une question que je trouve toujours très compliquée mais moi avant le genre je crois d’abord au tempérament des gens, à leur éducation, à leurs valeurs, à leur parcours de vie. Et donc par définition tout le monde est un peu unique. Est-ce que j’ai un management féminin ? Je ne sais pas. Je sais que j’ai un management inclusif, bienveillant, horizontal. Pour autant, je pense qu’il y a des gens qui vous diront que je peux être hyper directe, dure, exigeante, des qualificatifs supposément masculins. Au final, je connais des hommes qui sont tout à fait capables d’écoute, de bienveillance, d’inclusion, et des femmes qui sont d’une brutalité sans nom. Mais je crois qu’il serait bon que des valeurs depuis toujours attribuées aux femmes soient reconnues comme intéressantes et importantes aujourd’hui.

Qu’avez-vous mis en en place en faveur des droits des femmes ?

La loi Pénicaud nous a permis de faire des constats et de prendre des points d’action sur ces différents constats. Mais notre entreprise est énormément à l’écoute de la société, de son évolution et des attentes des jeunes générations.

Concernant la parité en entreprise, le congé maternel sans congé paternel était une réelle entrave pour les femmes et une vraie différence – parfois mal vécue par les hommes eux-mêmes d’ailleurs, qui avaient très envie de prendre du temps pour s’occuper de leur nouveau-né et qui ne le pouvaient pas. L’enjeu est majeur, parce qu’il faut être clair : le moment où les femmes décrochent c’est le moment où elles ont des enfants, fondent une famille. La charge mentale et opérationnelle à la maison reste encore aujourd’hui vraiment portée par les femmes. D’ailleurs, les grandes perdantes du confinement sont les femmes, qui ont dû à la fois travailler, s’occuper de la maison, s’occuper des enfants et de leur éducation. La parité en entreprise est liée à la parité à la maison.

Le message « Que tu sois un papa ou une maman, tu vas t’occuper de ton enfant de la même façon dès le début », est très puissant symboliquement. La domesticité doit être prise à part égale entre les hommes et les femmes et là on a un rôle très important dans l’éducation des petits garçons. Il faut qu’on leur apprenne à être tout à fait autonomes et indépendants, comme les filles, et leur dire : « Écoute mon coco, tu ne vas avoir personne pour te servir toute ta vie, donc tu as intérêt à te débrouiller ».

A propos d’évolution de la société, quel est votre regard sur la représentation des femmes, de leurs corps, dans la publicité notamment ?

La publicité a été “archétypée” pendant très longtemps. On a assigné aux femmes des rôles et des projections physiques très figées, heureusement ça a quand même énormément changé. Personnellement j’ai toujours travaillé dans des entreprises dont je partageais les valeurs, et M.A.C. Cosmetics, est LA marque historique, en cosmétique, de la mise en avant de la personnalité avant même le genre ou le physique. C’est la marque de l’individualité, de l’empowerment personnel. Les réseaux sociaux ont depuis accéléré ce que M.A.C. avait déjà mis en place de façon extrêmement visionnaire. Les réseaux sociaux aujourd’hui sont l’expression de l’individualité la plus poussée, ce que je trouve extraordinaire. Je suis d’ailleurs bluffée par la force de cette nouvelle génération, de ce pouvoir d’affirmation de leur potentiel, ce désir d’affirmation de soi sans contraintes sociales, sans normes, etc. Moi j’avais l’impression d’être libre quand j’étais plus jeune, mais en fait j’avais encore tellement de freins et de normes dans ma tête, je trouve que beaucoup de verrous ont déjà sauté.

Les entreprises, elles, sont souvent en retard par rapport au réel. Ce qui est déjà une évidence sur les réseaux sociaux et dans la vie des jeunes met toujours un peu de temps à arriver dans les entreprises mais elles doivent prendre le pli.

Par contre, il est très important que les entreprises dépassent le stade de l’image. Qu’elles soient capables par exemple, au-delà d’avoir des mannequins différents sur des photos ou sur des comptes Instagram, de donner véritablement des opportunités au sein de leurs structures à des femmes issues de toutes origines, et que cette diversité soit incluse dans les organes décisionnaires.

Les lieux de pouvoir de manière générale ont toujours été très en retard par rapport à ce qui se passe dans la société. Mais les entreprises qui accusent ce retard, historiquement, sont sujettes à une ringardisation totale et le payent très cher. Alors, cyniquement, elles n’ont pas d’autre choix que de devenir beaucoup plus ouvertes aux femmes et à la diversité au sens large.

Si vous aviez des conseils à donner à une jeune fille qui va attaquer sa vie adulte et son orientation professionnelle ?

Mon conseil, ce serait « Apprends, apprends, apprends ». A partir du moment où on vit dans des sociétés qui nous le permettent, c’est important de lire et d’apprendre. On en a le devoir moral, pour toutes les générations de femmes qui n’ont pas pu apprendre, et toutes ces femmes qui encore aujourd’hui ne peuvent pas être scolarisées. Et puis c’est un des socles de la confiance en soi, l’apprentissage et la capacité à apprendre.

Et mon deuxième conseil serait « Sois absolument autonome économiquement, quoi qu’il arrive. » C’est la clé de voûte de l’émancipation.

Scientifique le jour, littéraire la nuit, je suis férue de lecture, d'arts et d'écriture. A Washington D.C. depuis 4 ans mais bientôt en route pour de nouvelles aventures. J'aime le ping-pong, les concerts et les apéros en terrasse. Toujours un podcast à te conseiller.