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source: screenshot de la formation Nous Toutes du 30 mai 2020

Violences sexistes : rapports de domination, identification, qualification

Durant le confinement, le collectif de lutte contre les violences sexistes et sexuelles Nous Toutes a proposé des formations gratuites en ligne. 
L’objectif : sensibiliser le plus grand nombre à ce type de violences en essayant de les définir et de les détecter. Un “ que dire/que faire ?” est apporté en cas de constatation et/ou de suspicion.

TW: violences, agression sexuelle, viol

Conflit versus violence

Deux personnes peuvent s’exprimer, argumenter dans un système d’égalité : chaque échange est pris en compte d’une manière réciproque. Au sein d’un couple, on peut se disputer pour le partage des tâches quotidiennes par exemple: chacun argumente et prend position selon ses disponibilités, ses goûts, etc…  C’est un conflit, qui peut s’avérer “normal” voire sain. 

Au contraire, une relation de domination établie au détriment d’un individu : c’est de la violence. 

La relation violente est basée sur l’inégalité du statut des partenaires : cette asymétrie instaure un climat de peur. Dans ce cas, la médiation est impossible, puisque la relation est biaisée au bénéfice d’une seule personne qui a l’ascendant sur l’autre.

Pour aller plus loin : Ernestine Ronai, responsable de l’Observatoire des violences envers les femmes de Seine-Saint-Denis, explique la différence entre conflit et violence en vidéo.

Il est donc essentiel de distinguer ce qui est autorisé par la loi – le conflit – de ce qui est illégal : la violence.

Les mécanismes des violences

Comme indiqué dans la formation Nous Toutes, les violences au sein du couple sont identifiables à travers six phases différentes, plus ou moins concomitantes qui s’installent insidieusement, et qui permettent d’identifier une relation toxique. 

  1. L’asymétrie : comme expliquée ci-dessus, il s’agit d’un déséquilibre dans la relation où une personne prend l’ascendant sur l’autre. L’asymétrie installe un climat malsain. 
  2. L’isolement : la victime est coupée progressivement de ses proches, de ses amies, de sa vie sociale, associative, sportive…
  3. La dévalorisation : la victime est régulièrement “rabaissée” par des paroles blessantes.
  4. L’inversion de la culpabilité : la victime se sent coupable de ce qui lui arrive et a le sentiment que ce qui lui arrive est légitime et mérité. 
  5. Assurer son impunité : la personne violente cache en général “bien son jeu” et s’arrange toujours pour paraître adaptée socialement, voire parfaite aux yeux de toutes.

Les types de violences

Les types de violences sexistes peuvent être de différents ordres et toucher plusieurs sphères : 

  • les violences administratives (le travail à temps partiel, la rétention de papiers, le refus de prendre une plainte, le refus du changement d’état civil, etc.)
  • les violences économiques (les différences salariales, le non-paiement de la pension alimentaire, le contrôle des dépenses, etc.)
  • les violences psychologiques (harcèlement, humiliation, injures, etc.)
  • les violences physiques (coups, griffures, étranglement, etc.)
  • les violences sexuelles (viol, agressions sexuelles, mutilations, le revenge porn, l’exhibitionnisme, l’envoi de dick picks non consenties, etc.)
  • les violences gynécologiques (l’épisiotomie non consentie, les mutilations, le refus de certaines procédures, etc.)

Comment sont-elles qualifiées par la loi ?

Dans la loi française, on distingue différents degrés de “gravité” de ces violences. 

Nous Toutes propose une pyramide de violences qui va de l’agissement sexiste jusqu’au viol,  en passant par les “violences “habituelles” (selon le Code Pénal) : ce continuum des violences expansives “du moins grave au plus grave” entretient et encourage une culture du viol dans le sens où la gravité n’est perçue que d’un point de vue (celui de l’agresseur).

De plus, le harcèlement sexuel, par exemple, est qualifié différemment selon la fréquence des actes et la posture de chaque individu.

Screenshot de la formation Nous Toutes du 30 mai 2020
Capture d’écran de la formation Nous Toutes sur les violences sexistes

Délit ou crime ?

Sont considérées comme des délits- infraction de gravité moyenne – les agressions sexuelles. D’après le Code Pénal, “Constitue une agression sexuelle toute atteinte sexuelle commise avec violence, contrainte, menace ou surprise.”

Le viol est pénalement criminel, c’est à dire qu’il est considéré par la loi comme étant l’infraction la plus grave.. 

Dans le Code Pénal, un viol est défini comme tel : “tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit, commis sur la personne d’autrui ou sur la personne de l’auteur par violence, contrainte, menace ou surprise est un viol.”

En d’autres termes, le viol est défini légalement par une pénétration sexuelle (via l’anus, la bouche, le vagin par le pénis, les doigts, un objet), toujours avec violence, contrainte, menace ou surprise.

La plupart des victimes constatent que la justice a tendance à requalifier un crime en délit afin d’alléger la peine encourue et de maintenir le doute…

Pour beaucoup, la loi française banalise et minimise toutes ces violences en discréditant régulièrement la parole des victimes. Les dernières données fournies par le ministère de la Justice (de 2016!) semblent aller dans ce sens.


Pour aller plus loin : 

  • le dernier podcast de @mecreantes,  avec @olympereve, juriste, pour connaître vos droits.
  • @Louisadonna, psychologue intervenante auprès de femmes victimes de violences au sein de l’association Women Safe et notamment son post qui mentionne la notion d’emprise.
  • @faitsminisme qui a recensé toutes les aides possibles pour des victimes de violences sur le site https://violencesquefaire.fr/. Vous y trouverez notamment un violentomètre et un schéma expliquant le cycle de la violence et de l’emprise. 
  • Une culture du viol à la française, Valérie Rey-Robert
  • En finir avec la culture du viol, Noémie Renard
  • Enquête Virage (violences et rapports de genre), INED

Licenciée de psychologie et professeur des écoles depuis 12 ans, je suis aussi maman. Féministe depuis toujours, je milite pour le collectif NousToutes depuis février 2020. “Enfant de la télé” assumée, je suis sériephile et amatrice invétérée de podcasts. J’ai un goût prononcé pour toutes les sortes de bières, ayant un penchant clair pour les “stout” dites de “bonhomme” et les moutons (sans aucun rapport!).