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Un meme, une loi, un symbole : qui est Karen ?

Meme Karen

« Appelez-moi le manager » exige Karen.

Karen, c’est ainsi que les américains surnomment cette femme blanche plutôt aisée capricieuse, qui selon le cliché, souhaite voir le directeur pour lui faire part de son mécontentement.

Le site Urbandictionary précise entre autre que la Karen est une antivax aux cheveux blonds coupés au carré qui menace de porter plainte pour le moindre incident qu’elle soit impliquée ou non.

Depuis 2020, le prénom est devenu un symbole de racisme et de privilège blanc. La Karen appelle la police lorsqu’elle se sent menacée par la présence d’une personne racisée, et bien souvent refuse de porter un masque malgré la pandémie.

L’une des plus célèbre étant la Karen de Central Park, qui avait appelé la police, fin mai, pour se plaindre “qu’un homme africain-américain” menaçait sa vie alors qu’elle promenait son chien. Ce jour-là Christian Cooper venu observer les oiseaux dans le parc demande à la femme de tenir son chien en laisse en vertu du règlement. Tandis qu’il la filme avec son cellulaire, elle menace d’appeler la police, puis le fait, affirmant à l’agent au bout de la ligne que c’est une urgence et que sa vie est en danger.

Origines

Plusieurs usages du prénom Karen pourraient avoir transformé le 6ème prénom le plus populaire des Etats-Unis en 1965 en un meme international.

Premièrement, ce serait un sketch de l’humoriste Dane Cook, intitulé “The Friend Nobody Likes” (“L’amie que personne n’aime”) dans lequel Karen est cette amie du groupe que personne n’apprécie. La fameuse réplique du film Mean Girls « Mon dieu, Karen, on ne demande pas aux gens pourquoi ils sont blancs ! » aurait également aidé à rendre le prénom impopulaire.

Aujourd’hui il suffit de taper « Karen » dans sa barre de recherche pour tomber sur des dizaines de compilations de Karens se plaignant ou appelant la police par exemple. Les comptes Instagram dédiés au recensement de ces vidéos font fureur et le terme commençant même à s’exporter hors des Etats-Unis.

Stigmatisées, moquées, de nombreuses personnes se sont insurgées face à la discrimination que subissent les femmes s’appelant Karen.

Sur son compte Facebook, Mercy Morganfield explique en quoi cette indignation n’a pas lieu d’être.

Elle met tout d’abord en évidence la différence de luttes. Alors que les Etats-Unis et le monde entier sont secoués par le mouvement Black Lives Matter, et que les prénoms des victimes noires de violences policières sont oubliés ; des femmes blanches s’offusquent d’être appelées Karen. Par la suite, Mercy Morganfield décortique le racisme sous-jacent à l’utilisation de certains prénoms comme Lakisha et Lawanda. S’ensuit d’une explication sur le colonialisme, les descendants d’esclaves portant comme nom de famille celui des plantations ou leurs ancêtres étaient exploitées. Dans ce long texte, elle critique également la discrimination à l’embauche dont sont victimes les personnes racisées à cause de leurs noms, le fait d’en écorcher, modifier ou raccourcir d’autre par facilité et l’usage historique dans la langue de certains prénoms pour parler de divers types de personnes.

Lire le texte intégrale en anglais ici : https://www.facebook.com/mercy.morganfield/posts/2637002456546381

Projet de loi Caren

L’explosion du nombre de vidéos montrant des Karens appeler la police lorsqu’elles se sentaient menacées par des personnes racisées a soulevé un problème majeur ces derniers mois. En effet, dans un contexte de violences policières et de racisme systémique, la vie des personnes noires interpellées a parfois été mise en danger par la faute de ces femmes blanches privilégiées.

Shamann Walton, membre du conseil de supervision de la cité californienne, a suggéré un projet de loi punissant les personnes qui appellent les secours pour déposer de fausses plaintes à caractère racial. Ce texte : “Caution Against Racially Exploitative Non-Emergencies (“Mise en garde contre les non-urgences racialement discriminantes”), porte l’acronyme CAREN.

Étudiante en journalisme à l’Université du Québec à Montréal, franco-argentine ayant grandi en Turquie je suis passionnée de géopolitique internationale. Sinon je suis phobique des agrumes, en particulier des citrons.