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Mythe de l'hystérie, illustration de Paul Richer

Le mythe de l’hystérie

Point contextuel: toutes les femmes n’ont pas d’utérus et certains hommes ont un utérus. Mais à l’époque où un lien étroit entre hystérie et utérus a été établi, genre et sexe étaient confondus. Dans cet article, nous nous référerons au sexe et non au genre pour parler d’homme et femme.

Pathologie psychiatrique pour certains, structure de personnalité pour d’autres, l’hystérie fait l’objet de nombreux clichés et son existence même est remise en cause. Essayons d’y regarder de plus près.

Un trouble féminin ?

Sa définition a disparu des manuels de référencement médicaux de base, mais selon le Larousse, l’hystérie est une « structure névrotique de la personnalité, caractérisée par la traduction en symptômes corporels variés de représentations et de sentiments inconscients”. Dans le langage commun, on fait référence à l’hystérie pour parler d’excitations intenses jugées incontrôlées et exagérées. Connoté péjorativement, le qualificatif d’hystérique est exclusivement attribué aux femmes.

Pourtant, contrairement aux idées reçues, la névrose hystérique ne concerne pas uniquement les femmes, elle est seulement moins fréquente chez les hommes, qui semblent développer davantage de névroses de type obsessionnel (les Troubles Obsessionnels Compulsifs). Surtout, aucune différence majeure entre les femmes et les hommes n’est démontrée par les études psychiatriques en ce qui concerne la névrose hystérique.

Alors pourquoi persiste-t-on à associer l’hystérie aux femmes ?

Mythe de l'hystérie, illustration de Paul Richer
Paul Richer – ©BIUM

Retour aux origines du mot

Pour comprendre, il faut remonter à la grèce antique. Étymologiquement, l’hystérie est issue du grec hustera, “la matrice”, c’est-à-dire l’”utérus”. Elle est en effet décrite comme une maladie liée à l’utérus, d’après une théorie selon laquelle l’utérus est un organe « vagabond », dont les mouvements causeraient des symptômes.

Hippocrate décrit à l’époque l’utérus comme « un animal dans un animal » qui se déplacerait dans la cage thoracique de la femme et affecterait ses humeurs et sa santé.

L’un des remèdes trouvés à ce phénomène est la grossesse : tomber régulièrement enceinte empêcherait alors à  l’utérus de se balader. Un autre remède : l’éternuement ! Cette conception populaire d’animal baladeur est en réalité une expression métaphorique de la sexualité féminine. L’hystérie – qui ne porte pas encore ce nom mais celui de « suffocation de la matrice », est ainsi attribuée à l’abstinence sexuelle.

Une pathologie de la sexualité

Galien, au IIème siècle, rompt avec ces notions hippocratiques. Pour lui, l’utérus ne se déplace pas, ce sont des substances dues à la privation sexuelle qui sont en cause, il parle de rétention séminale. L’hystérie n’est dès lors plus liée à l’utérus, et la question de l’hystérie masculine est même abordée. Pour autant, le mythe d’une hystérie typiquement féminine continue de traverser les siècles, généralisant l’idée que les femmes sont asservies à leur système utérin et ne peuvent donc être prises au sérieux.

L’hystérie et les sorcières

Au Moyen-Âge, la perception médicale de l’hystérie est abandonnée au profit de la religion et du mysticisme. En raison du puritanisme ambiant, on attribue l’hystérie à une hyper sexualisation et elle est diabolisée : les hystériques sont possédées par le Mal. En cette période de misogynie médiévale, la femme est vue comme l’ennemi, elle devient un bouc émissaire. De nombreuses femmes sont soupçonnées de troubles hystériques et ainsi accusées de sorcellerie, puis pendues, noyées ou brûlées vives. Il faudra attendre le mouvement des Humanistes au XVIème siècle pour que des médecins et scientifiques s’opposent à l’Inquisition et commencent à défendre ces femmes.

Neurologie et hypnose

A partir de la Renaissance, une piste neurologique est envisagée, mais ce n’est qu’au XVIIIème siècle que Cullen, médecin et philosophe écossais, introduit la notion de névrose. S’en suivra une période où plusieurs courants de pensée se chevauchent, certains théoriciens optant pour un angle psychiatrique. En l’absence de consensus, le remède prôné par les médecins de l’époque est le massage des organes génitaux jusqu’au « paroxysme hystérique ». Ceci aura d’ailleurs pour conséquence le détournement du « marteau de Granville », objet inventé par un médecin anglais pour calmer les douleurs musculaires, qui deviendra le premier vibromasseur.

A la fin du XIXème siècle, Charcot, fondateur de la neurologie moderne, crée la première chaire mondiale de neurologie à la Salpêtrière et oriente ses travaux vers l’hystérie. L’hypnose lui permet de provoquer des crises chez ses patientes et de les étudier, en présence d’un public. Sa patiente la plus célèbre est Augustine, arrivée à la fameuse « Cité des femmes de la Salpêtrière » à l’âge de quatorze ans, et dont les crises d’hystérie sont un véritable spectacle pour la bourgeoisie parisienne. Charcot lui voue un intérêt ambigu, elle finira d’ailleurs par lui refuser de la photographier et s’échappera de l’hôpital.

Une origine traumatique

L’un des apports majeurs de Charcot est de reconnaître l’hystérie masculine. Une autre de ses idées innovantes est celle de l’origine traumatique de l’hystérie, et c’est Freud, ancien élève de Charcot, qui la développera. Pour Freud, l’hystérie est indépendante du système nerveux, elle est causée par des événements traumatiques apparus plus tôt dans la vie du patient et s’étant enracinés dans la psyché jusqu’à leurs résurgences. Il décrit ensuite un caractère sexuel ambivalent caractéristique des personnes hystériques : « entre la poussée de la pulsion et la résistance opposée par le refus de la sexualité, la maladie s’offre alors comme une issue, qui ne règle pas le conflit, mais qui cherche à y échapper en transformant les tendances libidinales en symptômes ».

Et maintenant ?

Les théories freudiennes sont reprises et étoffées ou contredites par d’autres psychanalystes au cours du XXème siècle. Au XXIème siècle, l’hystérie est toujours un sujet de discorde et a même disparu des classifications psychiatriques des troubles mentaux. Certains psychiatres affirment pourtant que l’hystérie existe encore, que ses manifestations se sont métamorphosées avec les époques, et selon les modèles de féminité et de virilité. Récemment, des recherches en neuro-imagerie fonctionnelle ont été lancées sur l’hystérie et la conversion hystérique, avec pour objectif de poser un diagnostic jugé objectif.

Alors l’hystérie existe-t-elle ou est-elle un mythe ? Une seule chose est sûre, c’est qu’elle n’aura jamais cessé de stigmatiser les femmes.


Sources :

Brémaud N. Panorama historique des définitions de l’hystérie. L’information psychiatrique 2015; 91(6): 485-498.
Rodrigues C. L’hystérie: existe-t-il des différences entre les femmes hystériques et les hommes hystériques? Etude à travers l’épreuve de Rorschach et le MMPI-2. Psychologie. Université de Lorraine, 2017.
Trillat E. Promenade à travers l’histoire de l’hystérie. Histoire, Économie et Société 1984; 3(4): 525-534. 

Pour aller plus loin :

Breuer J et Freud S. Études sur l’hystérie (1895)
Augustine (2012), d’Alice Winocour
Chollet M. Sorcières : La puissance invaincue des femmes (2018)

Scientifique le jour, littéraire la nuit, je suis férue de lecture, d'arts et d'écriture. A Washington D.C. depuis 4 ans mais bientôt en route pour de nouvelles aventures. J'aime le ping-pong, les concerts et les apéros en terrasse. Toujours un podcast à te conseiller.