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Manifestation écologie, écoféminisme

L’écoféminisme, ça vous parle ?

Cela ne vous a sans doute pas échappé : les élections municipales 2020 ont été marquées par une victoire historique de la part des écologistes. Chez Meufer, nous souhaitons profiter de cette vague verte pour vous parler d’écoféminisme, une branche du féminisme encore peu connue en France.

Manifestation, pancarte "the future is female"
Photo Lindsey Lamont – Unsplash

A priori, vous avez toutes une vague idée de la signification du mot « écoféminisme ». Des slogans comme « Pubis et forêts, arrêtons de tout raser » ou encore « Ma planète, ma chatte, sauvons les zones humides » brandis lors de marches pour le climat en France vous ont peut-être mises sur la voie. Pour autant, l’idéologie écoféministe n’est pas uniquement définie comme l’alliance entre un mouvement en faveur de l’égalité femmes-hommes (aka le féminisme) et la préservation de l’environnement (l’écologie). Son analyse de notre société va au-delà.

Revenons un peu en arrière. Le terme « écoféminisme » apparaît pour la première fois dans le livre de Françoise d’Eaubonne paru en 1974 et intitulé Le Féminisme ou la mort. Dans son ouvrage, la militante française féministe et cofondatrice du Mouvement de Libération des femmes (MLF) explique qu’il est possible de faire un lien entre l’exploitation des femmes et celle de la terre. Selon elle, ces deux formes d’oppression découlent du même système capitaliste et patriarcal et peuvent donc être combattues ensemble. 

La thèse fondamentale de l’écoféminisme, c’est de soutenir qu’il y a des liens indissociables entre la domination des femmes et la domination de la nature, ou encore capitalisme écocide* et patriarcat. Que ce sont les deux facettes de la même médaille, du même modèle de civilisation qui s’est imposé historiquement

explique Jeanne Burgart Goutal, professeure de philosophie et spécialiste de l’écoféminisme, dans un article de Slate

D’une mobilisation mondiale à la théorisation du mouvement 

Manifestation écologie, écoféminisme
Photo Li-An Lim – Unsplash

La théorie écoféministe émerge donc à ce moment-là. Mais il faut attendre la fin des années 70 et le début des années 80 pour qu’elle se transforme en véritable mouvement. A cette époque, la menace d’une guerre nucléaire entre l’URSS et les Etats-Unis ainsi que le début de la crise écologique incitent les citoyennes du monde entier à se mobiliser.

De nombreuses manifestations écoféministes ont alors lieu aux Etats-Unis, au Royaume-Uni ou encore en Allemagne. Parmi les plus marquantes : l’encerclement du Pentagone par 2000 femmes en 1980, le blocus de la centrale nucléaire de Diablo Canyon en Californie en 1981 ou encore l’organisation d’un camp de protestation de 1981 à 2001 à Greenham Common, en Angleterre, pour contrer l’installation de missiles nucléaires sur la base militaire anglaise.

Par la suite, de nombreuses personnes se penchent sur l’idéologie écoféministe et tentent de la théoriser. En découlent deux des textes fondateurs du mouvement : Woman and Nature, de la poétesse Susan Griffin (1978) et The Death of Nature, de la philosophe Carolyn Merchant (1980). Ces livres permettent notamment d’expliquer une notion centrale de l’écoféminisme : le reclaim (fait de revendiquer, de se réapproprier, en français).

L’idée est de réinventer l’histoire et la nature mais aussi de réhabiliter ce qui est socialement défini comme féminin et associé uniquement aux femmes depuis (trop) longtemps (comme le soin des enfants ou la préparation des repas). « [Les écoféministes] souhaitent revaloriser ce qui a été dévalorisé, aussi bien les corps que les compétences intellectuelles ou émotionnelles des femmes, retrouver l’estime de soi, la confiance en soi, etc. », estime Emilie Hache, maîtresse de conférences et autrice de Reclaim, un recueil de textes écoféministes publié en 2016.

Une idéologie qui se démocratise

L’écoféminisme recouvre une très grande diversité d’idées : il est davantage culturel dans les pays développés, tandis que plutôt articulé aux mouvements altermondialistes dans les pays de l’hémisphère Sud ou encore spirituel. Ces nuances montrent qu’il n’y a pas de pensée unique de l’écoféminisme mais bien différentes perspectives écoféministes. Car il ne s’agit pas de proposer des solutions à la crise environnementale. L’écoféminisme permet de repenser la manière dont nous abordons certains grands problèmes de ce monde et d’affirmer que les femmes ont un rôle majeur à jouer dans la lutte pour le climat.

Si les grands noms de l’écoféminisme sont principalement anglo-saxons – Carolyn Merchant et Susan Griffin mais aussi la militante Starhawk ou la philosophe Val Plumwood, c’est l’Indienne Vandana Shiva, (prix Nobel alternatif en 1993), qui incarne la figure internationale du mouvement. De manière plus contemporaine, nous pouvons aussi citer la jeune suédoise Greta Thunberg qui, bien qu’elle n’ait jamais revendiqué cette appartenance, peut aussi être considérée comme l’un des visages de l’écoféminisme. Son tweet posté à l’occasion de la Journée internationale de lutte pour les droits des femmes en 2019 étaye cette théorie :

Plus je lis sur la crise du climat, plus je réalise à quel point le féminisme est crucial. Nous ne pouvons pas vivre dans un monde durable sans égalité entre les genres et les personnes.

Bien qu’elle soit encore peu connue en France (le terme n’existe même pas dans les dictionnaires !), l’idéologie écoféministe tend à se démocratiser. En effet, les préoccupations des écoféministes des années 1980 sont toujours d’actualité : la peur de détruire la planète et les espèces qui y habitent. D’autant que les femmes sont les plus vulnérables face au réchauffement climatique. « Quand une catastrophe naturelle frappe une région, le risque de décès est 14 fois plus élevé pour les femmes », selon l’ONU. Justice environnementale et féminisme sont donc intrinsèquement liés d’où l’importance de l’écoféminisme dans nos sociétés.

*Ecocide : destruction totale d’un milieu naturel


Sources :

https://www.liberation.fr/france/2017/12/09/l-ecofeminisme-c-est-quoi-au-juste_1614544
https://information.tv5monde.com/terriennes/ecofeminisme-environnement-et-condition-des-femmes-meme-combat-332456
https://www.huffingtonpost.fr/entry/ecofeminisme-avenir-femmes-planete-lie_fr_5d88e954e4b0849d472d54a8
https://www.franceinter.fr/emissions/la-terre-au-carre/la-terre-au-carre-31-decembre-2019

Après trois années d'études de journalisme, j'ai fait un service civique en Équateur dans une association luttant contre les violences faites aux femmes. Mon féminisme s'est construit aux côtés de ces femmes et de ma mère, présidente d'asso. Grande gueule, j'adore les débats. Je suis aussi végétarienne, fan des gros chiens et de l'odeur des livres neufs. Et mes amies vous diraient que je suis une danseuse hors pair !