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Logo du compte No dick pic

“T’as 750 euros ? ” no.dick.pic, le compte Instagram qui lutte contre la désinformation autour du cyber flashing

Tu te réveilles, il est 9 heures, tu regarde tes notifications, encore endormie, un message d’un mec rencontré en soirée, tu l’ouvres : dick pic.

Logo du compte No dick pic
Logo no.dick.pic – Leorose

Il est tard, tu n’arrives pas à t’endormir alors tu t’amuses à essayer des filtres Snapchat qui déforment ton visage. Tu reçois un snap d’un inconnu, tu l’ouvres : dick pic.

Tu es modèle photo, tous les jours tu reçois plusieurs messages de personnes qui admirent ton travail, et, parmi ces messages encore et toujours des dick pics.

La dick pic, ou photo de pénis, envoyée sans le consentement de la personne en face est une infraction punie par la loi. Léorose, militant féministe a créé le compte no.dick.pic pour dénoncer cette pratique.

D’où t’es venue l’idée du compte ?

Ça m’est venu en pleine nuit. Cela faisait trois soirs d’affilée que je recevais des dick pics. J’ai fait des captures d’écran et les ai montrées à ma copine en rigolant. Puis j’ai réalisé que ce n’était pas normal d’en rire. J’ai cherché un peu sur Instagram pour voir si des pages abordaient le sujet et je n’en ai pas trouvé.

J’ai nommé le compte no.dick.pic parce que c’est plus percutant mais en réalité nous parlons de cyber flashing. Le cyber flashing c’est le fait d’envoyer des photos à caractère sexuel que ce soit des pénis des vulves, des fesses peu importe. Bien entendu, c’est presque exclusivement des bites.

Depuis combien de temps tiens tu no.dick.pic ? Es-tu seul derrière ?

Oui je suis tout seul, j’ai commencé en décembre 2019. Au début je ne postais que les dick pics qu’on m’envoyait. J’en reçois tous les jours, comme je fais des photos nu, des mecs se permettent de m’envoyer leurs pénis sans se poser de question.

Aujourd’hui tu as presque 12 000 abonnées, pensais tu avoir du succès avec ton compte ?

Je ne pensais vraiment pas que ça allait prendre de l’ampleur.

Je suis resté longtemps à 200 abonnées puis d’un coup d’un seul ça a explosé, au début du confinement je dirais. Plein de personnes sont venues vers moi pour me dire « moi aussi ». Ma page est devenue un recueil de soutien, de témoignages.

Continues-tu de recevoir ce genre de photos ?

Oui, tous les jours ! Encore plus qu’avant, mais c’est souvent involontaire. Quand des personnes me partagent leur expérience, elles oublient de cacher la photo et donc je suis encore plus exposée. J’essaye de faire des rappels régulièrement mais malgré ça, j’en vois tous les jours.

Quelles sont les situations les plus étranges auxquelles tu as été confrontée depuis la création de ton compte ?

Il est important de souligner que les dick pics sont envoyées à toute heure, sur toutes les plateformes et à tout le monde, peu importe l’âge ou le profil de la personne. Bizarrement j’ai reçu beaucoup de témoignages concernant le site Leboncoin. Une fille avait vendu une paire de ballerines, quelques jours plus tard elle a reçu une photo de l’acheteur avec son pénis dans la chaussure.

J’ai interpellé le site en story et ils m’ont répondu pour me dire qu’ils allaient renforcer la sécurité.

Ce compte apporte beaucoup de positif aussi. J’ai reçu des messages d’hommes qui découvrent le compte et se rendent compte qu’il ont des comportements toxiques.

Nous sommes tous issu d’une mauvais education et nous pouvons tous changer, évoluer et déconstruire nos mauvaises pratiques.

Pourquoi les personnes victimes de ce type de comportement te font-elles confiance ?

Au début je suis resté anonyme. Quand j’ai commencé à dévoiler mon identité, beaucoup de personnes ont été rassurées que je sois un mec trans. On m’a dit plusieurs fois « j’ai eu peur que tu sois un mec cis ».

Il y a quelques temps, tu as poussé un coup de gueule à propos de la désinformation que partageaient certains médias concernant les peines encourues, pourquoi ?

Ça a commencé avec la vidéo de la youtubeuse Alix Grousset. Elle y parle de son expérience et de cyber harcèlement, ce qui est très courageux de sa part.

Plusieurs gros médias dont Simone et Period, ont repris son témoignage et ont publié de mauvaises informations.

« Pour rappel, partager des contenus à caractère sexuel sans consentement est passible de 2 ans de prison et 60 000 euros d’amende », peut on lire en description de la vidéo de Simone. Je leur ai écrit mais elles ne m’ont pas répondu.  

J’ai également contacté Period, dans leur vidéo, ils écrivent : « le cyber flashing est puni d’un an de prison et 15 000 euros d’amende »

Je leur ai transmis les bonnes infos, ils m’ont répondu « Dans le cas d’Alix il ne s’agit pas simplement de dick pic mais d’envoie répété de photos de parties génitales. C’est la raison pour laquelle nous parlons de cyber flashing, une forme de cyber-harcèlement ».

Je leur ai de nouveau expliqué que ce n’était pas clair dans leur vidéo et que cette désinformation pouvait avoir de grave impacts. Ils ont lu mon message, ne m’ont ni répondu ni corrigé leur erreur. 

Quelles peuvent être les répercussions sur les victimes souhaitant porter plainte ?

Cette désinformation illégitime beaucoup les victimes, il arrive qu’on leur rit au nez quand elles veulent porter plainte si elles n’utilisent pas les bons termes. Ça m’affecte vraiment parce que je passe des heures à faire des recherches sur le sujet et à informer les victimes pour qu’elles soient outillées. Ça m’arrache le cœur que des personnes fassent la démarche de porter plainte et se fasse jeter parce qu’elles ne donnent pas les bonnes informations.

Concrètement, que dit la loi ?

C’est très simple, il y a deux cas de figures. Si la personne à moins de 15 ans (majorité sexuelle), l’amende s’élève à 1500 euros. Si la personne à plus de 15 ans alors l’amende passe à 750 euros. Il faut avoir en tête que c’est une contravention, cet argent ira donc à l’Etat.

Si la victime peut prouver que c’est une situation répétée, qu’elle reçoit des photos, vidéos et même messages indécents, que ce soit de la même personne ou de personnes différentes, là on peut parler de cyber-harcèlement.

Comment fait-on pour porter plainte ? Que faut-il pour le faire ?

Je recommande de faire une pré plainte en ligne. Ça évite de poiroter plusieurs heures en salle d’attente, ce qui peut être assez stressant. Ensuite on obtient une heure de rendez-vous pour déposer sa plainte.

Un policier ne peut pas refuser une plainte. C’est inscrit dans la loi. Ils peuvent essayer de te dissuader en disant que ça risque d’être classé sans suite mais il faut tenir bon.

Il est également possible d’écrire directement une lettre au procureur de la république.

Il faut collecter un maximum d’informations parce qu’eux ne risquent pas de beaucoup se bouger pour faire avancer les choses. Captures d’écran, nom de la personne, réseaux sociaux, tout est à prendre.

Les procédures peuvent être longues et pénibles pour les victimes as-tu d’autres recommandations ?

Bien sur on n’est pas obligé de porter plainte. Si on n’a pas confiance en la police ou pas envie de s’embarquer dans la procédure c’est tout à fait normal. Mais c’est important d’avoir conscience qu’on peut le faire, que ce n’est pas de notre faute et qu’on ne doit ni se sentir sale ni avoir honte. On ne donne pas de mauvais signaux et on n’est pas coupable.

Pourquoi décourages-tu les victimes à insulter ou à répondre agressivement ?

Certaines personnes cherchent à se faire insulter ou à recevoir des réponses violentes, elles aiment ce qu’on appelle le dirty talking. Leur répondre c’est leur donner ce qu’elles souhaitent. Je ne recommande pas non plus d’envoyer une photo de ses règles comme le suggèrent parfois certaines féministes. Ça perdure l’idée que les règles sont sales.

Je comprends que ce soit frustrant et il n’y a pas de bonne réponse. Certaines envoient des photos d’autres pénis. D’autres répondent avec humour ou ignorent. On peut choisir de faire la pédagogie, seulement si on en l’envie et l’énergie bien sûr.

Il y a-t-il des témoignages que tu ne partages pas ?

Oui, ceux qui répondent avec violence justement à cause du problème de dirty talking. Également ceux qui sont psychophobes. Je fais de la pédagogie sur le sujet et j’explique aux victimes que traiter les harceleurs de malade de fou ou de cinglé est problématique.

Plusieurs personnes notamment aux États- Unis ont tenté  de retrouver les mères des cyber flasheur pour leur envoyer les photos de leurs fils, bonne ou mauvaise idée ?

Je ne pense pas que ce soit une bonne idée. Ça peut s’apparenter à du revenge porn et se retourner contre la victime. Pourquoi pas dénoncer le comportement sans envoyer la photo ou en la censurant.

Connais-tu d’autres initiatives concernant les dick pics ?

Spécifiquement sur le cyber flashing pas vraiment non. Il y a les compte Et.incel et Pourquoi tu forces qui partagent beaucoup de captures d’écrans de messages inappropriées.

Sinon le compte jeveuxtonzizi fait des œuvres d’art avec des dick pics. Nous échangeons régulièrement, je l’ai aidé lorsqu’il a démarré son compte.

Il a prévu de travailler sur une série de photos érotiques qui ne soient pas que des pénis. Lorsque que des gens s’envoient des nudes consentis, les hommes n’envoient généralement que leur pénis. Il y a plein d’autres parties du corps qui sont attirantes.

As-tu des projets avec no.dick.pic ?

Je ne sais pas comment m’y prendre mais j’aimerais beaucoup faire le la sensibilisation dans les écoles à propos de plusieurs sujets comme le revenge porn. J’en ai été victime il y a 12 ans, et j’aimerais beaucoup intervenir auprès de jeunes, pas seulement ponctuellement mais proposer un véritable suivi dans les écoles. Les conséquences de ce genre d’actes peuvent être très graves et j’aurais aimé avoir de l’aide lorsque j’en ai été victime.

Étudiante en journalisme à l’Université du Québec à Montréal, franco-argentine ayant grandi en Turquie je suis passionnée de géopolitique internationale. Sinon je suis phobique des agrumes, en particulier des citrons.