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Femme regardant la ville la nuit

La-Voyageuse, la plateforme qui invite les femmes à partir en solo

Voyager seule, dormir chez les locaux… Partir à l’aventure attire de plus en plus de femmes. J’ai rencontré Christina Boixière, fondatrice de La-Voyageuse, une communauté de femmes qui accueillent gratuitement ces voyageuses solo. Une interview qui donne envie de s’évader… En toute sécurité.

On a toutes déjà rencontré cette fille passionnante, baroudeuse level expert, qui a parcouru le monde en tête à tête avec son sac à dos. On l’a toutes enviée, mais on l’a surtout trouvée un peu folle, parce qu’être une femme seule sur les routes, ça peut paraître très (très) effrayant. Et souvent, même si l’envie d’ailleurs et d’introspection nous titille le bout des pieds, notre mère (et quelques faits divers bien trash) ont fini de nous dissuader. 

De plus en plus de voyageuses solo

Selon une étude menée en 2018 par la plate-forme en ligne Hostelworld, les réservations de femmes seules ont augmenté de 45 % entre 2015 et 2017. Christina Boixière, pour qui le voyage en solo est une passion de longue date, rêve de libérer ces femmes qui n’osent pas, trop apeurées par le voyage en solo. « J’ai envie que toutes les femmes puissent expérimenter ça au moins une fois dans leur vie, parce que voyager seule a changé la mienne. »

Christina Boixiere
Christina en voyage à Tromsø en Norvège – Photo : Christina Boixière

A 17 ans, cette taïwanaise aujourd’hui domiciliée à Bordeaux rêvait d’aventures. Elle s’envole alors pour la Thaïlande, seule, après avoir convaincu ses parents à l’aide d’un petit mensonge : « J’ai des ami.e.s sur place pour m’héberger ». En réalité, Christina avait envie de faire confiance aux gens et a donc décidé de tester le couchsurfing (fait de loger gratuitement chez un particulier). C’est un coup de foudre. Les rencontres, les échanges, le partage… Trois ans plus tard c’est pour six mois que Christina s’envole vers l’Europe, sans aucun plan, simplement animée par l’amour du voyage et des autres. 

« Tout le monde me disait : c’est dangereux. »

Dans les auberges de jeunesse ou sur le canapé d’inconnu.e.s, la jeune femme fait face aux mêmes réactions affolées. Elle me raconte avoir « entendu beaucoup d’histoires horribles ». On lui fait souvent remarquer la « chance » qu’elle avait de n’avoir jamais été agressée. 

« Tout le monde me disait : C’est dangereux. » Il est vrai que voyager seule est compliqué, surtout si l’on souhaite être hébergée par des locaux. Christina en a fait les frais, comme tant d’autres : « la première fois que j’ai été hébergée chez un homme seul, ça s’est mal passé. » L’idée d’une plateforme dédiée aux voyageuses solo a alors germé dans la tête de la jeune femme. 

Après plusieurs années à travailler dans le tourisme à travers le monde, la baroudeuse s’installe en France et devient directrice commerciale dans une multinationale. Ses projets de communauté de voyageuses, elle les oublie un peu. « En tant que femme étrangère j’ai tout de suite senti qu’on ne m’écoutait pas ; je ne me sentais pas valorisée. » Son patron, un homme, préfère échanger avec les collègues masculins de Christina. « L’égalité des genres dans le monde du travail ça n’existe pas » se désole-t-elle. 
Ce constat amer la pousse à quitter son travail et reprendre ses vieux rêves. En juillet 2019, à 36 ans, Christina lance la-voyageuse.com, une communauté qui invite les femmes à voyager seules en toute sécurité. « Les hommes que j’ai rencontré dans les incubateurs ne comprenaient pas mon projet. On m’a reproché de vouloir faire commerce de la peur… » Pourtant, Christina Boixière est formelle : « La peur, elle est déjà là, elle existe vraiment ». L’aventurière n’est visiblement pas la seule à le penser puisqu’aujourd’hui, La-Voyageuse compte 1500 hébergeuses en France et 250 partout dans le monde.

Capture d'écran du site la-voyageuse
Capture d’écran du site www.la-voyageuse.com

Covid-19, la France à l’honneur

Les hébergeuses sont des femmes, bénévoles, vivant seules ou en famille, qui se proposent d’accueillir chez elles des voyageuses en solo. Leur profil est vérifié, comme nous explique Christina : « Nous sommes la seule plateforme de couchsurfing à réaliser une vérification continu : chaque nouvelle arrivante sur le site doit fournir sa pièce d’identité et échanger par téléphone avec un.e de nos cinq employé.e.s ». La valeur première de la plateforme ? « L’échange humain », déclare la voyageuse. « On veut s’assurer que les hébergeuses ne font pas ça pour demander ensuite de l’argent à la femme qu’elles accueillent. » 

« Aujourd’hui à cause de la crise du Covid on s’est recentré sur le marché français. Et contre toute attente, la fin du confinement nous a apporté notre meilleur mois depuis la création du site ! »  s’exclame la fondatrice de La-Voyageuse, un sourire dans la voix. Christina pensait n’avoir à faire qu’à des jeunes qui rêvent d’aventures et d’émancipation. Finalement, les 18-25 ans ne sont pas les seules à avoir besoin de liberté. Elle nous annonce, très fière : « Nos inscrites ont entre 19 et 73 ans ! Elles sont des mamans solo, des retraitées… »

La crise sanitaire a ouvert La-Voyageuse a une nouvelle catégorie de baroudeuses : « On a constaté après le confinement beaucoup d’inscriptions de femmes de 45 ans et plus. Ce sont des mères de famille qui veulent s’accorder du temps libre après avoir vu leur charge mentale exploser. » 

Une main tendue vers les victimes de violences conjugales

Pour la fondatrice de La-Voyageuse, voyager seule est l’occasion d’un retour à soi, d’une déconnexion. « Ça aide aussi à reconstruire la confiance en soi » assure-t-elle. « Quand on voyage seule, on ressort plus forte. Pendant mon voyage de six mois en solo, je me sentais capable de tout, c’est un sentiment très addictif ! »

Ce sentiment de force, cette liberté d’aller où bon nous semble, l’auto-entrepreneuse souhaite l’offrir à celles qui en ont le plus besoin : les femmes victimes de violences. Depuis le déconfinement, elle offre gratuitement l’accès à sa plateforme aux victimes de violences conjugales. « On travaille avec des associations féministes pour communiquer sur cela et on fait aussi des partenariats avec des applications contre le harcèlement dans la rue. On veut que les voyageuses se  sentent en sécurité tout au long de leur chemin. » 

Vous êtes victime de violences conjugales et vous souhaitez obtenir un Pass gratuitement ? La marche à suivre est énoncée sur le blog de La-Voyageuse : ici.

Comment ça marche ?

Si vous voulez devenir hébergeuse, l’inscription est gratuite et s’effectue sur le site de la communauté. Après avoir créé votre profil et avoir été « vérifiée », accueillez des femmes du monde entier, faites-leur découvrir votre région, vos passions… A la fin du séjour, l’équipe de La-Voyageuse vous contacte pour échanger sur votre expérience.

Trois femmes riant
Photo : Priscilla Du Preez – Unsplash

Les femmes accueillies peuvent laisser des commentaires, pour aider les autres voyageuses à faire leur choix d’hébergeuses, mais sans système de notation. Christina m’explique ne pas vouloir de notes pour « ne pas traiter nos hébergeuses comme des hôtels ». Les mots d’ordre sur La-Voyageuse : bénévolat, partage et solidarité !

Vous voyagez seule et voulez intégrer la communauté ? Le pass annuel, à 119€, vous donne accès à la plateforme pendant un an. Si vous débutez dans l’aventure en solo, le pass Découverte, à 49 € vous donne trois mois d’accès.  Une plateforme payante, cela peut en refroidir certaines, mais la fondatrice justifie ces prix : « La sécurité des femmes est notre priorité et appeler chaque voyageuse, chaque hébergeuse après chaque rencontre, cela représente évidemment un coût. »

Le rêve de Christina ? Que La-Voyageuse s’exporte dans les pays particulièrement dangereux pour les femmes, où leurs droits sont bafoués. Selon la fondatrice de cette belle communauté : « Pour les femmes asiatiques, indiennes ou du moyen-orient, voyager seule serait une révolution ! » Une révolution menée à coup de solidarité, de sac à dos et de belles rencontres. 

Tu vois la meuf qui parle de cul hyper fort en terrasse en mettant parfois ses voisins méga mal à l'aise ? C'est moi. Je m'appelle Clotilde, j'ai 27 ans, je suis parisienne et journaliste spécialisée dans le lifestyle (le style de la life quoi). A 17 ans je pensais être une rebelle et finalement, je suis devenue un vrai cliché : j'aime plus Paris, je jardine, cuisine, médite, voyage. J'aime mon chat (sauf à 5h du mat, les proprio de félins savent...). Mais SURTOUT, j'aime écrire et débattre et croire qu'avec pas grand chose, chacun à son échelle, on peut changer le monde.