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Delphine Finou, loin des marques près du cœur

Delphine Finou a 28 ans. En vérité, son nom de famille, c’est Gotti, mais personne ne l’appelle comme ça. En 2018, elle crée une nouvelle marque de lingerie dite “thérapie”, et nomme son enseigne “Odile et Odette” en l’honneur de ses deux grand-mères. Elles l’ont initié à un rapport différent au corps traumatisé et à l’amour de la lingerie. Finalement, une grande marque dépose le nom d’”Odile et Odette” juste avant elle. Un peu en panique, elle réfléchit, alors que son commerce est déjà lancé, à un autre nom. C’est celui de Maison Finou qui lui apparaîtra comme une évidence. Pour Delphine, la lingerie c’est une rencontre dans l’intimité, un rendez-vous à deux pour discuter de son corps et apprendre à l’aimer un peu plus. 

Une vie sur le fil

Notre entretien commence très simplement, une sorte de conversation entre copines, limpide et sans chichi. Delphine raconte sa vie, ses déménagements (son père était militaire), sa famille originaire de Lorraine, Paris qu’elle aime mais qu’elle quittera un jour. Puis ses deux grand-mères. Ce sont elles qui ont éveillé la jeune femme à la lingerie. L’une passionnée de lingerie, organisait chez elle des réunions Tupperware, l’autre atteinte d’un cancer du sein. Grâce à ses deux figures, Delphine s’éduque à l’amour d’une lingerie pour toutes.

 Quand j’ai eu l’âge de porter des soutien-gorges, j’étais dans une niche de taille : un bonnet profond et un petit dos. C’était quasiment impossible pour moi de trouver quelque chose qui me convenait.

C’est après des études de commerce de mode, son sujet de mémoire autour du questionnement d’une lingerie pour toutes, et son accident qu’elle décidera de créer sa propre enseigne : “Après mon accident, je ne me sentais pas pleinement en accord avec mes valeurs – j’étais responsable de collection de prêt-à-porter dans une grosse enseigne de luxe. Je voulais trouver quelque chose qui avait du sens, faire quelque chose qui me plaisait vraiment. A ce moment-là, je n’avais rien fait ”. Sept mois de rééducation plus tard, elle décide d’entamer des cours de patronages et de corseterie. Elle fait peau neuve pour un peu mieux se retrouver. Elle se rapprochera de petits artisans pour apprendre les bases du métier, pendant un an et demi consolidera la genèse de son projet, puis lancera sa campagne de crowdfunding en 2017 pour “tester le concept”. Un défilé en collaboration et des clientes enthousiastes plus tard, Maison Finou est né.

Broder soi-même une autre vision de soi 

Lorsque l’on discute des grandes enseignes de lingerie avec Delphine, elle ne mâche pas ses mots, pour elle, c’est une industrie “archaïque qui ne se remet pas en question”. Dans le monde de la lingerie féminine (mais aussi masculine), selon elle, beaucoup de choses sont encore à revoir. 

Il faut casser la manière de concevoir une collection du début à la fin, même si en France, on a du mal à le faire.

S’accepter, se voir autrement, s’aimer. Ces trois mouvements de vie, elle veut que ses clientes se les approprient pleinement. Pour se faire, lorsque vous prenez rendez-vous avec Delphine, elle organise d’abord un temps de parole, d’échange où vous et elle pouvez vous rencontrer et apprendre à vous connaître. “C’est important d’écouter l’histoire de la personne, savoir ses attentes, ensuite choisir ensemble le tissu, les détails, ce sur quoi la personne veut mettre l’accent. Au fur et à mesure des rendez-vous, la personne change, prend en assurance.” C’est là toute la  base de ses lingeries. Non seulement c’est un ensemble qui va aux courbes de votre corps, mais aussi un ensemble qui va avec qui vous êtes. C’est ce qu’elle appelle une “lingerie thérapie” : “ Le but c’est, comme une thérapie, aider la personne à s’aimer plus, s’accepter plus. C’est du temps qu’elle prend pour elle.”

La lingerie, marqueur fort de notre société où l’image prévaut sur l’être, pourrait selon Delphine permettre de briser les stéréotypes et enclencher un vrai body positivism. L’abondance d’images de femmes de formes et de couleurs différentes dans les médias et sur les devantures de boutiques, en plus de rassurer les femmes sur leurs propres corps, pourrait également éduquer les hommes cis à changer leur manière de voir les femmes. 

Les hommes sont aussi une clientèle que Delphine souhaiterait, dans le futur, atteindre. Pour l’instant ce sont essentiellement des femmes qui la contacte. De la taille 34 à 52, de 25 à 65 ans, handicapées moteur ou non, les profils sont variés. De plus en plus de femmes trans toquent aussi à sa porte, “je communique peu sur ce que je fais dans le sur-mesure. Je n’aime pas la com’ orientée. Cela reste pour moi un moment secret et intime”. 

Création Maison Finou
Photo : Diane Barbier

La coût-ure

Le “made in France” équitable et biologique coûte cher. Lors du lancement de la collaboration Maison Finou et Meufs Meufs Meufs début septembre sur Instagram, certaines internautes avaient relevé le prix des culottes mises en ligne par l’enseigne : 45 euros. Delphine s’explique. 

“Quand tu travailles à la chaîne, tu gagnes énormément de temps. Certaines entreprises ne payent pas leurs charges en France. C’est aussi ça l’éthique. Que ce soit Anaïs ou moi, on coupe les culottes, les élastiques, on brode, on coud, tout nous-mêmes et ça prend du temps. Lorsque tu es salariée, tu as un taux horaire. Pour nous c’est la même chose, on fait au prorata. Une journée de travail pour un salarié, c’est 7, 8, 9, parfois 10 heures. Une culotte, c’est plus de 2 heures de travail. Et on se paye le minimum avec Anaïs : 12 euros de l’heure charges comprises.” A côté de l’aspect main d’oeuvre, elle relève également l’envers du décor des grandes enseignes. 

Dans une culotte à 5 euros, il faut se demander ce qu’on achète derrière. Car si les entreprises se font une marge dessus (et c’est le cas pour toutes), la matière première, elle vaut quoi ?

Delphine Finou
Photo : Diane Barbier

L’opacité de ces entreprises surfant sur la vague marketing du “made in France, équitable, éco-responsable”, l’agace : “Tu mets beaucoup de temps et d’énergie pour un produit qui semble pareil.” Ce qu’elle blâme essentiellement, c’est que la notion de fait-main ne soit pas représentée à sa juste valeur. 

A l’occasion cette collaboration, Delphine a travaillé avec Anaïs, créatrice d’Une fille et du fil, une autre artisane amatrice du fait-main. Elles ont fait plusieurs capsules (collab’) ensemble : la St Valentin, un mariage… Et elle espère pouvoir être amenée à retravailler avec elle. “On a un positionnement similaire, des valeurs similaires. On réfléchit vraiment ensemble, on voit ensemble les couleurs, les tissus. C’est facile, c’est comme si on avait toujours bossé toutes les deux. C’est devenue une amie.” Ce sont des petits moments de pause et de bonheur de travailler avec Anaïs pour elle. Ces capsules sont aussi des capsules de plaisir car la jeune femme explique qu’il est aussi très facile de tomber dans le sérieux constant lorsque l’on créé sa propre entreprise. 

Le sérieux, le marketing, la communication, les marques, Delphine Gotti alias Delphine Finou renverse les piliers entrepreneuriaux pour se façonner sa propre identité, sa propre manière d’être. Le travail ne fait que commencer pour elle. Pour les mois à venir, elle prévoit de développer un peu plus son site internet, pour l’instant “peu pratique”. De gros chantiers l’attendent : le e-shop, la partie rédactionnelle etc… Et la collection hiver qui arrive à grand pas. 

Intéressée ? 

Vous pouvez la contacter sur son site internet.

Et pour retrouver la collaboration Maison Finou x Une fille et du fil x Meufs, Meufs, Meufs, c’est ici.

Après une licence de Lettres Modernes, je suis partie un an au Vietnam en Service Civique, je bossais pour une asso humanitaire d’insertion féminine et ai fait un road-trip en moto d’un mois jusqu’au Cambodge. En rentrant j’ai créé mon média avec deux amis puis j’ai embarqué dans l’aventure Meufer. Le journalisme est ma passion depuis toute petite ; j’aime les cactus, "Holding out for a hero" de Bonnie Tyler et la couleur verte.