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Statue "Méduse tenant la tête de Persée" de Luciano Garbati

Statue de Méduse : un symbole féministe qui divise

Une statue de la figure mythologique de Méduse a été érigée à New York le 13 octobre dernier, devant la cour pénale où plusieurs hommes ont été jugés durant le mouvement #MeToo, incluant le producteur Harvey Weinstein, reconnu coupable de viol. Placée là comme un symbole du mouvement, l’oeuvre ne fait pas l’unanimité.

Statue "Méduse tenant la tête de Persée" de Luciano Garbati
Photo : Jeenah Moon, NY Times

Si Méduse est devenue un emblème du mouvement féministe, c’est parce que son histoire tragique, vieille de près de 2500 ans, incarne parfaitement le concept du victim blaming. Aussi appelé double victimisation, le concept en question revient à tenir pour responsable la personne qui a subi un crime, comme si elle l’avait “provoqué”. D’après le récit d’Ovide dans Les métamorphoses, Méduse est une jeune femme qui, un beau jour, est violée par le dieu des mers et des océans, Poséidon, dans un temple dédié à la déesse Athéna. 

Pour une raison étrange, cette dernière se trouve grandement offensée par Méduse et la transforme en l’une des trois Gorgones, changeant ainsi sa chevelure en serpents et donnant à ses yeux le pouvoir de pétrifier quiconque croise son regard. Par la suite, Méduse est tuée par Persée, qui tente de sauver sa mère d’un mariage forcé. Il utilise alors le Gorgoneion (tête coupée de méduse) pour changer ses ennemis en pierre.

Les origines de l’oeuvre

La statue de plus de deux mètres, réalisée par l’artiste argentin aux racines italiennes Luciano Garbati, restera jusqu’à la fin avril 2021 dans le Collect Pond Park de New York City. 

Il est important de mentionner que ce n’est pas avec l‘intention de faire écho au mouvement #MeToo que l’oeuvre a été créée puisqu’elle date de 2008, soit près d’une décennie plus tôt. L’artiste a plutôt voulu créer une histoire alternative pour mettre en lumière la femme derrière le monstre. L’oeuvre porte le nom de “Méduse tenant la tête de Persée” et vient prendre le contrepied de la statue de Benvenuto Cellini “Persée tenant la tête de Méduse”, datant du XVIe siècle. 

Ce n’est donc pas le féminisme qui a donné naissance à l’oeuvre. Malgré cela, l’image de la statue a fait le tour des réseaux sociaux pendant le mouvement #MeToo, et est devenue un symbole de rage.

Un projet à la fois critiqué et applaudi

De nombreuses polémiques ont découlé du dévoilement de ce projet. Pour commencer, certaines personnes déplorent le choix de prendre l’oeuvre d’un homme pour en faire l’emblème d’un mouvement féministe, quand on aurait pu mettre en valeur le travail d’une femme. Pour Bek Andersen, une photographe qui a travaillé sur le projet de la mise en place de la statue : “C’est enthousiasmant que l’artiste soit un homme. Je pense qu’en général, les hommes se sentent extérieurs aux débats qui découlent du mouvement #MeToo et qu’ils ont peur de ce qu’il représente pour eux. » rapporte le New York Times.

D’autres critiquent la statue en elle-même. Le choix de représenter la tête de Persée est notamment remis en cause. Si la statue est un symbole de justice pour les victimes d’agressions sexuelles, pourquoi ne représente-t-on pas celle de Poséidon qui, d’après le mythe, a violé la jeune femme ?

Certaines observatrices questionnent également l’aspect physique de la femme représentée et le fait qu’elle n’est finalement pas fidèle à la mythologie qui veut que Méduse soit une créature monstrueuse avec, notamment, des yeux exorbités, des dents acérées ou même un visage de sanglier.

Il est important de considérer que les représentations de Méduse ont considérablement changé au cours de l’histoire, pour tendre vers une allégorie de la femme fatale avec pour seul trait monstrueux, sa chevelure de serpents. Mais ici, ce n’est pas une représentation qui s’inscrit dans les caractéristiques de la Renaissance, comme l’oeuvre “Persée tenant la tête de Méduse”, à laquelle l’artiste fait référence. On se trouve davantage devant des canons de beauté féminins très contemporains et selon certains avis, une sexualisation inadéquate émane de la statue, par sa pose, son pubis imberbe ou ses proportions. 

Une nouvelle fois, la question du male gaze, ce point de vue masculin sur une œuvre, est remis en question dans la mesure où la statue a été choisie comme symbole féministe.

Moi c'est Marius, journaliste en herbe qui étudie le métier à l'Université du Québec à Montréal. Originaire de Touraine, j'ai aujourd'hui la chance d'étudier à l'étranger et de manger des poutines. J'suis ton pote qui graille le dernier gâteaux apéro sans scrupule, qui fait DJ en soirée et qui reproduit des TikToks un peu cringe. J'écoute jamais de podcasts mais j'aimerais vraiment en tenir un. Pro-black, pro-queer, pro-hoe, procrastinateur et tous les autres.