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Affiche du film "Je ne suis pas un homme facile"

Film : « Je ne suis pas un homme facile »

Programmé sur Netflix Monde à partir du 13 avril 2018 , le premier long-métrage d’Eléonore Pourriat raconte une vision du monde dans lequel les rôles attribués aux hommes et aux femmes auraient été inversés. Un mix entre humour et grincements de dents, le film s’accaparant les codes féministes afin d’en faire une version qui se veut légère tout en tentant d’être dénonciatrice.

Affiche du film "Majorité opprimée"

Eléonore Pourriat n’en est pas à son premier essai sur la question, elle a déjà réalisé un court-métrage en 2010 intitulé Majorité opprimée. Dans ce petit film d’une dizaine de minutes, on suit la journée d’un jeune père au foyer qui a commis l’erreur de sortir en short et petite chemisette pendant que sa femme est au travail.

Passé inaperçu ou presque, ce court-métrage a pourtant reçu des prix, notamment à Kiev où il a obtenu le prix du meilleur court métrage. 

Il est disponible en libre accès sur YouTube et est une bonne introduction au long métrage. Moins mainstream, il ne reprend pas les mêmes codes, arborant un ton plus grave, plus dénonciateur, et finalement beaucoup plus violent.

Mais revenons au long-métrage. On commence sur une mise en lumière des personnages : Vincent Elbaz dans le rôle de Damien, quadra dragueur et misogyne, se retrouve propulsé dans un univers matriarcal après que sa tête percute un poteau. Une situation à la Freaky Friday, film Disney de Gary Nelson, dans lequel le personnage se retrouve dans un monde parallèle où il va finalement perdre ses repères. Ici, Damien tombe sous l’emprise d’Alexandra Lamour, romancière à succès qui multiplie les conquêtes masculines. Les deux se rencontrent, s’apprivoisent dans une société matriarcale qui place les hommes en position de faiblesse. Ils finissent par tomber amoureux (spoiler alert) et cette histoire d’amour résulte justement du fait que Damien (interprété par Vincent Elbaz) est “différent” des autres hommes, plus viril, plus grande gueule et convaincu du combat. Pierre (interprété par Pierre Bénézit), meilleur ami de Damien, vient appuyer ces personnages, sauf que lui, s’est résigné ou presque. 

Il admet et accepte des actes qui peuvent paraître anodins dans notre société et dans le quotidien de beaucoup de femmes, mais c’est aussi le premier à brandir des seins en plastique afin de manifester contre des injonctions. Ici, il vient finalement en renfort de ce ton dénonciateur voulu par la réalisatrice.

Finalement, quel impact pour ce long métrage ?

Netflix, média grand public, met en avant un film ayant pour finalité une dénonciation du sexisme ordinaire. L’idée ici est d’inverser les rôles afin de provoquer l’empathie du spectateur homme, qui va finalement se dire que la réalité est anormale et se rendre compte de la banalisation des agressions du quotidien.

On montre des femmes sans cesse sollicitées dans les espaces publics. Ce film, c’est la réalité dramatique de ces petits harcèlements quotidiens et banalisés, des humiliations courantes à l’agression minimisée. Ce que vit Damien nous semble inacceptable : il subit une violence au quotidien, mais aussi dans sa vie professionnelle. L’accent est mis sur le harcèlement moral et le manque d’équité dans les responsabilités et les salaires. Le comportement de toutes ces femmes est choquant, déplacé.

Affiche du film "Je ne suis pas un homme facile"

Mais n’est-il pas un peu fou de devoir crûment inverser les rôles sans plus d’explications pour réussir à sensibiliser les foules sur un sujet, hélas, toujours autant d’actualité. Dans le court comme dans le long-métrage, on fait face à une réalité absurde et insupportable qui nous amène à cette question : finalement, pourquoi acceptons-nous cette réalité quotidienne dans la vie de beaucoup de femmes?

Pour aller plus loin, je vous conseille de regarder son court-métrage ici afin de vous forger votre propre avis.

Après une licence en communication en France ainsi qu’un master en animation socioculturelle et éducation permanente en Belgique, j’ai décidé de poser mes valises au Québec pendant 2 ans, j’ai travaillé dans mon domaine de prédilection, les ONG. De retour en Europe, j’ai voulu me pencher un peu plus sur la question de la place des femmes dans nos sociétés et c’est comme ça que j’ai débarqué chez Meufer. Sinon j’adore le chocolat (genre passionnément), mon animal totem c’est la loutre et ma saison pref c’est l’hiver, comme ça tu sais (presque) tout.