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Femmes absentes des matinales radios françaises

Les femmes, ces grandes absentes des matinales radiophoniques françaises

Une étude menée par le gouvernement démontre une sous-représentation des femmes dans les médias français, et notamment à la radio. Déjà peu présentes en temps normal, la crise sanitaire a drastiquement fait baisser la part d’invitées dans les matinales radiophoniques françaises. 

Absences des femmes dans les matinales radiophoniques françaises. Photo : OCV Photo - Unsplash
OCV Photo – Unsplash

Faisons un petit jeu. Souvenez-vous de la dernière émission radio que vous avez écoutée. Ou rappelez-vous la dernière qui vous a marquée. Vous l’avez ? Maintenant, essayez de vous remémorer le nombre de femmes présentes. Combien en avez-vous entendues ? La réponse est sûrement très peu, voire aucune. Car, quand il s’agit de parité, les matinales radiophoniques françaises ne sont pas vraiment de bonnes élèves.

Un constat partagé par la députée LREM des Hauts-de-Seine, Céline Calvez. « Du 12 octobre au 6 novembre, vous avez entendu 163 hommes et 42 femmes », déplore-t-elle sur son compte Twitter. Soit quatre fois plus d’hommes que de femmes invitées dans les studios. La députée a été missionnée par le gouvernement pour établir un rapport sur la place des femmes dans les médias pendant la crise du Covid-19. Cette demande est intervenue après la publication de la Une du Parisien dimanche du 5 avril 2020 qui titrait « Le monde d’après » avec le visage de cinq hommes blancs. Vivement critiquée, cette Une avait notamment permis de mettre en avant l’invisibilisation des femmes dans les médias.

Les résultats de ce rapport, publiés à la fin de l’été, sont accablants. Seulement 23% de femmes interviewées dans les 10 principales matinales radio en mars et avril. Mais le second confinement démontre une aggravation. On tombe désormais à 21% d’invitées entre octobre et novembre. Europe 1 arrive première du classement avec 30% de femmes (contre 20% au printemps). Viennent ensuite RFI et France Info avec 25% d’invitées. On est donc loin d’une réelle parité des intervenantes. D’autant que certaines stations, comme Radio Classique ou RTL, sont même allées jusqu’à inviter 90% d’hommes en un mois, comme le rapporte le Huffington Post.

Sous voire pas représentées, peu importe les catégories

Les matinales radio sont des lieux stratégiques de l’espace médiatique. Entre janvier et mars 2020, elles dénombrent plus de 5 millions d’auditrices selon une enquête de Médiamétrie. Avoir une représentation paritaire de la société dans les stations radiophoniques est donc un enjeu essentiel. Et ce, pour tous les sujets. Pourtant, on en est encore bien loin comme le montre l’association Acrimed. Cette dernière a réalisé une enquête basée sur plusieurs entretiens des cinq principales matinales de radios nationales (France Inter, RTL, RMC, France Info et Europe 1) entre le 17 mars et le 30 avril.

L’étude démontre qu’il existe un écart considérable entre la part d’hommes et de femmes invitées selon les catégories. Ainsi, on compte 44 hommes sur 45 intervenantes pour le secteur « Business ». Mais aussi 12 hommes pour 14 invitations pour les universitaires ou encore 67 hommes contre 34 femmes pour la « Politique ». Et la catégorie « Culture » ne permet même pas aux stations de s’en sortir. En effet, aucune femme n’est intervenue dans les matinales des cinq radios étudiées durant cette période.

Autre problème : la place accordée aux femmes lorsqu’elles sont invitées dans des studios de radio. « Minoritaires, les femmes, lorsqu’elles sont représentées, le sont encore trop souvent comme témoins, comme représentant les métiers du “care” ou assignées à des représentations réductrices, tandis que les hommes incarnent l’expertise, explique l’élue Céline Calvez dans une tribune publiée par Ouest-France fin octobre. Dans certains médias, le nombre d’expertes a même chuté jusqu’à 9% en mars contre 40% en moyenne sur l’année (une étude menée par le CSA en juin dernier).

Vers des médias plus paritaires ?

Ces inégalités de représentations ne datent pas d’aujourd’hui. Entre 2007 et 2017, les hommes représentaient déjà en moyenne 80 % des invités des matinales radiophoniques françaises. Et ce quel que soit le moment de la semaine ou la période de l’année (chiffre issu d’une enquête de l’INA). La crise sanitaire n’a donc fait qu’accentuer et mettre en lumière la sous-représentation des femmes déjà établie dans les médias en temps normal.

Mais cette situation n’est pas irrémédiable. Dans son rapport, la députée des Hauts-de-Seine préconise 26 mesures visant à améliorer la part des femmes dans les médias. La principale : conditionner les aides publiques aux médias à une obligation d’équilibre entre les femmes et les hommes dans le contenu de l’information. Il s’agirait d’une sorte de « bonus/malus » limité dans le temps. Cela permettrait de « privilégier les médias qui sont proactifs d’un côté et désavantager ceux qui ne respectent pas les obligations légales de l’autre », argumente Céline Calvez dans son rapport.

Pour que les femmes comptent, il faut d’abord les compter

« Pour que les femmes comptent, il faut d’abord les compter », estime également la députée. Une autre de ses recommandations repose donc sur le fait de compter les femmes qui occupent des postes à responsabilités dans les médias et celles qui y sont invitées. Elle propose plusieurs options pour y parvenir : utiliser des méthodes automatiques (avec le logiciel libre IN Speech Segmenter ou le paritomètre du journal suisse Le Temps) ou manuelles, faites par les rédactions ou par des organismes externes (associations, CSA, syndicats, etc.).

La députée des Hauts-de-Seine aimerait donc qu’un baromètre soit publié chaque année. Il recenserait le nombre de femmes occupant des postes à responsabilité, les écarts de rémunération ou encore la proportion de femmes dans les emplois précaires, tous médias confondus. Céline Calvez juge en effet que « s’il est du devoir des pouvoirs publics d’inciter les médias à mener des actions volontaristes, ils doivent le faire dans le respect de la liberté de la presse, mais toujours avec une exigence de parité ». Un vaste chantier donc pour que la société puisse se reconnaître dans l’image que lui renvoient les médias.

Après trois années d'études de journalisme, j'ai fait un service civique en Équateur dans une association luttant contre les violences faites aux femmes. Mon féminisme s'est construit aux côtés de ces femmes et de ma mère, présidente d'asso. Grande gueule, j'adore les débats. Je suis aussi végétarienne, fan des gros chiens et de l'odeur des livres neufs. Et mes amies vous diraient que je suis une danseuse hors pair !