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Capote double visage, illustration par Solène Ciesla

Life in plastic, it’s fantastic : plaidoyer pour la capote

Disclaimer : cet article relate le vécu personnel d’une femme cis ayant des rapports avec des hommes cis. Il n’a pas pour but d’ériger ce type de sexualité comme une norme à suivre, ni d’exclure ou invisibiliser les autres sexualités.

Plantons le décor : les choses sont bien engagées entre ton partenaire et toi, tu flaques depuis 30 minutes et tu as très très envie de pénétration. Tu lui susurres à l’oreille “t’as une capote” ?

Et là, dans 80% des cas (d’après une étude statistiques très sérieuse des expériences de mon entourage), on a le droit à

Non, mais t’en fais pas, j’ai rien !

Capote double visage, illustration par Solène Ciesla
Illustration par Solène Ciesla

Couvrez donc ce pénis, que je ne saurais voir

Dans ces moments-là, on tente de rester diplomate on alterne entre les “c’est pas grave, y a d’autres moyens de s’amuser”, les “je te fais confiance, mais je préfère quand même être safe hihi” ou les “attends, j’en ai dans mon sac”. Alors qu’on a plutôt envie de dire :

  • Je peux voir tes derniers tests ?
  • Oh moi j’ai juste la syphilis, rien de bien méchant
  • Trop bien : j’ai toujours rêvé d’être mère !
  • Casse toi pauv’ con (tu l’as ?)
  • Well… NO PENETRATION FOR YOU

T’es mignon, t’es sympa, tu m’as l’air sincère mais (tu l’as ?) je ne vais pas te croire sur parole pour autant.

Ça fait partie du respect auquel on est en droit de s’attendre pendant le sexe. Je respecte ton choix de pas vouloir un pouce dans l’anus : respecte mon choix de vouloir mettre une capote sur ton kiki. Merci.

Au-delà du (trop) répandu “tu peux me faire confiance”, ce qui me surprend toujours quand j’en parle autour de moi c’est le nombre d’hommes qui n’ont JAMAIS de capote sur eux. Pourquoi ? Les raisons en vrac :

  • J’aime pas ça
  • Généralement, l’autre en a 
  • C’est trop cher
  • J’y pense pas

Désir, communication, capote

Ca fait chier les capotes, ça serre, ça fait débander, ça casse le groove, c’est moins agréable : je veux bien l’entendre. Je vous rassure, entre le manque de lubrifiant et les allergies au latex : c’est pas toujours le kiff absolu côté vagin non plus.

Pourtant, je trouve ça dingue que, en 2020, beaucoup préfèrent se dire “YOLO” au risque de choper une IST, de tomber ou mettre enceinte sous prétexte que “j’y ai pas pensé”, que “c’est cher” ou que “j’aime pas”.

Refuser (ou protester fortement) de mettre un préservatif ce n’est pas très engageant pour la suite de la vie sexuelle. On se demande comment notre partenaire va réagir face à une autre demande qui ne lui plaît pas : va-t-il se rouler par terre quand je vais demander un cunni ? Se mettra-t-il à pleurer quand il n’aimera pas mes bisous dans le cou ?

Ca ferme le dialogue d’entrée de jeu : un paramètre pourtant essentiel dans la sexualité.

Pire encore : ça ne nous met absolument pas en confiance pour la suite. Quand un partenaire insiste pour ne pas mettre de préservatif, je me demande forcément : va-t-il l’enlever à mon insu ? Ca s’appelle du stealthing et, légalement, c’est un viol.

Penser à ça juste avant la pénétration : ça coupe toute envie.

Le préservatif masculin : une charge sexuelle qui incombe… aux femmes ?

Contraception, lingerie, épilation… Dans les rapports hétéro, la charge sexuelle incombe majoritairement aux femmes. Doit-on aussi s’assurer que nos partenaires ont des préservatifs et qu’ils sont bien mis ? Vraiment ?

Pourtant messieurs, ça me paraît être globalement de votre ressort (rapport au fait que vous avez un pénis tout ça) et, en plus, ça vous éviterait de vous plaindre que c’est pas la bonne taille.

Alors, plutôt que voir la capote comme une contrainte, pourquoi on ne la verrait pas comme faisant partie de la “découverte” de la sexualité avec un nouveau partenaire ? Comme la petite pause qui fait monter la pression et permet de repartir de plus belle ?

Dans tous les cas : exiger que son partenaire mette une capote, cela ne fait pas de toi une relou. Et s’il ne veut pas, c’est une bonne occasion de mettre le sexe non-pénétratif au coeur de nos relations !

Féministe depuis toujours je m'engage depuis plusieurs années dans des associations comme Meufs, Meufs, Meufs ou le Planning Familial. Quand je ne milite pas, j'aime boire des bières en terrasse, lire et rire très fort à mes propres blagues.