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Illustration par Camille Courrié

Témoignage : ma prise de conscience féministe menace mon couple

Depuis 2015 Morgane partage sa vie avec Ben. Il y a deux ans la jeune femme commence à s’intéresser au féminisme. Cette prise de conscience lui ouvre les yeux et chamboule sa relation.

Illustration par Camille Courrié
Illustration par Camille Courrié

« J’ai grandi en région parisienne. Après un master en marketing digital, j’ai décidé de m’installer dans les Hautes-Alpes. J’y avais déjà fait quelques saisons et j’adorais ça. Je suis tombée amoureuse de la région.

Ce n’est qu’après que je suis tombée amoureuse de Ben. Ça a été un coup de foudre. On ne s’est pas posé de question et j’ai directement emménagé chez lui. A ce moment-là, j’étais déjà inconsciemment féministe. Je n’utilisais pas ce terme mais je ne supportais pas les commentaires dégradants sur les filles et leurs tenues. J’étais une défenseuse du droit des femmes et aussi des animaux. Mais ce n’était pas une lutte quotidienne.

C’est durant l’hiver 2018 que j’ai compris que je n’étais pas la seule à être révoltée, que d’autres étaient concernées et qu’il y avait des mots pour parler de ça. A ce moment-là je suis devenue féministe. J’ai commencé à suivre beaucoup de comptes militants et éducatifs sur les réseaux sociaux. Ça a déclenché une vague de colère. Je ne parlais que de ça: j’étais furax. Ben ne semblait pas comprendre, il s’est pris toute ma colère de plein fouet.

Rapport au corps

Quand j’ai réalisé toutes les injonctions que je subissais, j’ai eu un déclic. J’ai commencé à laisser pousser mes poils. Ben n’a pas aimé. Si je lui montrais mes aisselles, il faisait une moue dégoûtée et détournait le regard. J’ai eu des commentaires d’autres gens aussi. Des amis me demandent régulièrement si j’ai toujours mes poils et disent que c’est dégoûtant. « Comment ton mec peut supporter ça ? », « et Ben ça ne le dérange pas ? ». Ben baigne dans ce milieu, il est conditionné depuis toujours à penser de cette façon. J’ai pris du temps à accepter mes poils. Bien que ce soit mon corps il m’a toujours connu épilée; je pense qu’il lui faut un temps d’adaptation. J’ai aussi cessé de mettre des soutiens-gorges. Ben m’a un peu soutenu. Je me suis fait toucher les seins, j’ai reçu des remarques salaces. Lui s’inquiétait que d’autres mecs voient mon corps. Il ne m’a jamais interdit de porter quoi que ce soit, mais je sais qu’il désapprouve certaines de mes tenues.

Découverte du Boys Club

Le clash : ça a été avec ses amis.  J’ai découvert que sur des groupes de discussions, ses potes partageaient du contenu extrêmement sexiste, des blagues sur les féminicides et le viol. Je n’avais pas encore la connaissance des boys club. J’étais écœurée. Je ne comprenais pas comment l’homme qui partage ma vie pouvait faire une chose pareille.

Certains s’envoyaient même des vidéos de leurs ébats sexuels sans le consentement de leurs copines. On m’en a même montré une. On était six, quatre ont ri, nous n’étions que deux à être outrées. J’ai demandé à Ben d’écrire à ce mec et de lui ordonner d’effacer la vidéo.

Doute et devoir pédagogique

J’étais dépitée, j’aime Ben mais je ne veux pas faire son éducation. Ce n’est pas mon rôle, je veux qu’il s’y intéresse de lui-même. Qu’il lise, suive des pages féministes! Il ne semble pas comprendre, il me dit que ça ne le concerne pas, qu’il n’est pas une femme. Je ne suis pas une truite, pourtant je lutte quand même contre l’exploitation animale, non ?!

Il y a un peu de progrès, parfois il dit à ses potes que ce n’est pas correct de dire certaines choses. Il s’est retiré des conversations et groupes sexistes en ligne mais qui me dit qu’il n’aura pas ces conversations en vrai ? Je n’ai plus confiance…

J’ai cherché de l’aide sur des groupes féministes sur Facebook, j’ai constaté que je n’étais pas seule à remettre en question mon couple, mais ça ne m’a pas pour autant rassurée. La plupart des filles disait qu’il n’était pas possible d’avoir une relation avec un homme cis. 

Il a quelques mois, j’ai fait un burn-out. Je ne supportais plus ce flot continu d’informations, ces débats où j’ai l’impression d’être seule au monde. Après de nombreuses disputes et un break, ça s’est apaisé avec Ben: il m’a promis de faire des efforts, je ne vois pas grand chose depuis.  J’essaye d’être conciliante, Ben ne s’est pas mis en couple avec une féministe. Il lui faut peut-être plus de temps pour s’adapter et changer….?

J’ai mis mon féminisme en veille, je n’ai plus la force de me battre. Pour l’instant. Le féminisme c’est mon combat, entre mon couple et le féminisme je choisirai mes valeurs »

Étudiante en journalisme à l’Université du Québec à Montréal, franco-argentine ayant grandi en Turquie je suis passionnée de géopolitique internationale. Sinon je suis phobique des agrumes, en particulier des citrons.