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Radicalité et rapports aux autres

Illustration : Solène CIESLA

Depuis quelques années, mon féminisme grandit, ma sensibilité à l’écologie aussi. Je me découvre une radicalité qui me fait peur, tant ces convictions ont une influences sur mon rapport aux autres.

En sortant de ma dernière relation, je sais que je n’ai aucune envie d’éduquer mon mec au féminisme ou à l’écologie. Je veux bien partager des articles et des podcasts à mes potes cis hétéro, mais je n’arrive pas à m’imaginer dans une relation dans laquelle j’explique constamment à mon mec pourquoi je suis végétarienne, ou pourquoi je n’ai pas envie de m’épiler les jambes.

Sachant ça, j’ai quand même essayé de rencontrer des hommes par les applis de rencontre, mais j’ai toujours senti un déséquilibre dans la relation. Ils voulaient toujours aller trop vite, je ne me sentais pas en sécurité, et surtout, je flairais le sexisme à 10 kilomètres. Cette constante double-vitesse m’angoissait, j’étais sur la défensive, et je finissais toujours par mettre un terme à cette relation qui n’en était pas encore une.

Alors après quelques temps, je me suis laissée guider par cette petite voix qui me disait à l’oreille qu’en fait, je ne suis pas hétéro. Et c’est en parlant avec des gens qui ne sont pas des hommes cis que je me suis enfin épanouie dans des conversations équilibrées, plus ou moins intéressantes selon le feeling mais dans lesquelles je me sens toujours en sécurité, écoutée et sur un pied d’égalité. Pour moi, sortir de l’hétérosexualité est une libération.

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Il y a quelques années, j’ai décidé d’arrêter de manger de la viande. Je n’ai jamais trop aimé ça, et en découvrant à quel point c’était polluant et cruel, je ne pouvais pas continuer. Au début, mon entourage ne comprenait pas, certains amis et ma famille me trouvaient carrément chiante parce qu’il fallait réfléchir au plat avant de m’inviter à manger. Mes parents ont même continué à me proposer de la viande, “au cas où” pendant des mois, voire des années.

Trois ans après ma décision, c’est Noël en petit comité avec mes parents et ma soeur. Comme chaque année, je fais l’impasse – avec grand plaisir – sur le foie gras que n’ai jamais aimé, les huîtres qui me dégoûtent et la viande qui ne me fait pas envie. Et comme chaque année, mon père m’attaque sur mes choix de vie, remet en question la logique de ma démarche et me sort les mêmes arguments stupides que j’ai déjà entendu mille fois. J’ai envie de pleurer. 

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J’ai les larmes aux yeux parce que je n’en peux plus. Je n’en peux plus de me défendre sur mon végétarisme. Je n’en peux plus des micro-agressions en repas de famille sur mon féminisme. Je n’en peux plus d’expliquer que non, les carottes ne souffrent pas, ou de me justifier de manger un avocat, parce qu’il consomme beaucoup d’eau pour pousser. Je n’en peux plus des amis d’amis qui me disent que les féministes sont communautaires ou qu’elles s’y prennent mal. 

Alors oui, je mélange mes deux combats. Parce que quel que soit le combat, il y aura toujours des gens pour nous dire qu’on s’y prend mal, qu’on n’est pas légitime, qu’on n’est pas assez en accord avec nos convictions ou pire, que les combats qu’on défend n’ont pas lieu d’être défendus.

Mes convictions ont radicalement changé mon rapport aux autres. A ma famille, à mes ami.es, et aux gens que je rencontre par hasard à des soirées. Mais je ne regrette à aucun moment d’être devenue qui je suis. 

À toustes celleux qui sortent la tête du sable pour regarder la vérité en face, continuons à écouter les bonnes personnes, continuons à apprendre, continuons à influencer les autres à notre tour. Soyons fièr.es d’avancer les yeux grands ouverts pour construire un monde plus juste. Soyons radicales.

Margaux B.