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Boys Club, illustration par Camille Courrie

Oui c’est un Boys club, si c’est grave

Boys Club, illustration par Camille Courrie
Illustration par Camille Courrié

On est début février 2019 et je me perds sur Twitter comme souvent le matin, je remarque des tweets qui parlent d’une certaine Ligue du LOL. A ce moment là je ne sais pas encore de quoi parlent ces tweets mais je vais vite le découvrir en lisant une dizaine d’articles sur le sujet. J’apprends à ce moment là, comme beaucoup de monde, l’existence d’un groupe secret Facebook dont les membres pour la plupart des hommes cis, blancs, hétéros, issus de grande rédactions parisiennes ont harcelé bon nombre de militantes féministes, entre autre.

Je vais passer l’heure qui suit à lire tous les témoignages et toutes les ressources que je peux trouver sur cette affaire, sur ces hommes qui ont fait un jeu de l’humiliation et du harcèlement qu’ils infligeaient à toutes celles et ceux qu’ils n’estimaient pas des leurs. 

Durant cette heure j’ai appris que la ligue du LOL était ce qu’on peut appeler un Boys club, plus je lisais plus je me rendais compte que des Boys clubs j’en avais rencontré plein dans ma vie et un en particulier m’est revenu en pleine tronche.

Il faut remonter 3 ou 4 ans en arrière. A ce moment-là, je suis en licence à l’Université Paris 8 et je suis présidente d’une association étudiante (ou BDE). Je suis membre de cette association depuis plus d’un an et la plupart de ses membres sont devenus mes potes. Je ne sais plus vraiment comment ça a commencé mais les mecs de cette association et quelques autres mecs de ma licence proches du BDE ont formé un groupe secret FB (vous voyez venir le truc ?).  Avec les filles du BDE on a bien commencé à sentir qu’il se passait des choses un peu étranges, pas mal de private jokes “entre couilles”, de petits rires. Un jour, l’un deux a laissé  son ordinateur ouvert dessus. On y a alors découvert un ramassis de sexisme : des classements des meufs de la fac, des photos montages à caractère sexuel et j’en passe.

Très vite, on les y a confronté  en leur disant que c’était dégradant et puéril comme groupe et que vraiment ça faisait pitié d’avoir besoin de ce genre de choses pour se sentir un homme. Et là ils ont été encore plus loin en créant une identité à ce groupe. Ils l’ont nommé le CCK pour (culculklan), déjà le nom est clairement raciste personnellement le Ku Klux Klan c’est pas la ref que j’aurais choisi pour nom de groupe de potes. Ils se sont même créés un signe de ralliement en faisant un signe qui ressemblait à une b*te avec leur mains. Là on était passé complètement dans une autre dimension et moi ça me révoltait. Je me rappelle mes réactions virulentes face à ce groupe dont je ne comprenais  pas l’utilité. Réactions qui n’ont alerté personnes parmis eux et auxquelles il ne trouvait à répondre que “tu es jalouse de notre groupe trop stylé”. 

Ce qui me frappe quand je repense à cette histoire c’est que les Boys Clubs sont partout : au taf, dans nos groupes de potes, peut-être même dans nos familles et à quel point on a tendance à les dédramatiser. Je réalise aussi l’importance d’avoir les bons mots à poser sur des phénomènes aussi complexes. A cette époque là si j’avais eu la sémantique adaptée et un meilleure compréhension de ce qu’est un Boys club, j’aurais mieux compris ma révolte et eu de meilleurs argument à balancer à ces mecs pour qui ce n’était qu’anodin comme pratique. A la place de ça je me suis un peu retrouvée seule face à ma rage et à des gens qui ne concevaient pas pourquoi un petit groupe privée entre mecs un peu (beaucoup) graveleux me mettait dans un état pareil. 

Ce que je voudrais dire à mes potes, à tous les mecs en général d’ailleurs, c’est que si vous êtes dans un groupe entre mecs (groupe privé fb, conv messenger, réunion tupperware du dimanche ou n’importe quoi d’autre) déjà ne tenez pas de propos sexistes, humiliants ou dégradants envers les autres sous prétexte que vous êtes entre vous. Je voudrais que vous réalisiez que si vous ne vous sentez pas à l’aise avec le fait d’intégrer une femme dans ce groupe, que ça soit votre soeur ou la plus graveleuse de vos potes c’est que  ce groupe et une oppression pour toutes les femmes autour de vous, quand bien même vous n’en avez pas l’impression.

Julia Morbello