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Femme dans un lac devant les montagnes

Lettre à mon arrière grand-mère

Nous connaissons toutes une personne dans notre entourage qui ne comprend pas nos convictions féministes. En ce qui me concerne, cette personne est mon arrière-grand-mère. Il y a quelques temps, elle m’a écrit une lettre dans laquelle j’ai ressenti son désarroi, son incompréhension et surtout, ses craintes. Dans cette lettre, mon arrière-grand-mère s’inquiète pour mon avenir et me demande de redescendre sur terre. Voici ma réponse.

Trigger warning : agression sexuelle, agression

Femme dans un lac devant les montagnes
Photo Nicolas Moscarda – Unsplash

Mamie,

Je comprends tes peurs.

Je t’écris cette lettre pour t’expliquer pourquoi je suis devenue activiste et pourquoi je « revendique glorieusement » (ce sont tes mots) mon combat pour l’égalité des genres. Somme toute, c’est assez simple : j’en ai eu assez d’avoir peur.

Mais tu sais mamie, je ne suis vraiment pas la plus à plaindre. Je ne suis ni excisée, ni même réduite à une vie d’esclavage sexuel. Mais trop de femmes n’ont pas cette chance et il est temps qu’on leur donne la parole et qu’on les aide à devenir libres.

Je suis féministe mais je ne déteste pas les hommes ; c’est le système patriarcal que je déplore.

Je suis féministe parce que j’aimerais pouvoir rentrer seule, tard le soir, sans que ma vie soit en danger, parce que l’adage « Protégez vos filles » pourrait être remplacé par « Éduquez vos fils ».

Je suis féministe parce que mon droit d’avoir un enfant au moment où je le désire (et seulement à cet instant) est constamment menacé et remis en question.

Je suis féministe parce que je ne suis pas la bienvenue dans la rue, dans les lieux de pouvoir ou encore dans les milieux dits « masculins », et qu’il est tant que ça change.

Je suis féministe parce que je ne suis pas l’égale des hommes et que c’est injuste et illogique.

Je suis féministe parce que j’en ai assez qu’on me regarde comme un bout de viande dépourvu de libre-arbitre dans la rue.

Je suis féministe parce qu’être une femme est parfois oppressant.

Je suis féministe parce que le sexisme tue tous les jours en France et dans le monde alors que ma cause n’a tué personne.

Je suis féministe parce qu’un jour j’aurais peut-être une fille et que je veux qu’elle grandisse en se disant qu’elle n’est pas inférieure, qu’elle est libre de se définir et de devenir ce qu’elle souhaite. Mais j’espère surtout que ma fille ne connaîtra ni agressions ou attouchements sexuels, ni viol.

Je n’aurais peut-être pas été aussi radicale si je n’avais pas été attouchée par deux hommes, dont un membre de ma famille lorsque j’étais mineure, si je n’avais pas été étranglée par un jeune homme ivre, si je n’avais pas été frappée au visage par un inconnu en pleine gare ou si je n’avais pas été suivie la nuit lorsque pour la première fois, je rentrais seule. Mais toutes ces choses je les ai vécues sans rien avoir demandé et je sais pertinemment que d’autres femmes ont vécu bien pire. Je crois qu’être une femme, c’est quelque part être prédisposée à vivre des choses comme celles-ci. Tu me parles d’avenir mamie, donc moi je te réponds que je me bats pour que ma fille n’ait pas à vivre ceci parce qu’elle ne l’aura ni cherché, ni mérité.

Ta petite fille qui t’aime fort (et qui a les pieds sur terre)

Ex khâgneuse, et fraîchement titulaire d’une Licence de Lettres Modernes à la Sorbonne, je suis une de celles que certains qualifient de « féministe de merde » et j’en suis TRÈS fière ! Activiste FEMEN, j’attends ma première garde à vue pour enfin me mettre au yoga et à la méditation, dans l’optique de mieux encaisser (si c’est possible) les propos nauséabonds des masculinistes. PS : Je suis née le même jour que la militante féministe Margaret Sanger (oui, je sais, ça en jette !).