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Histoire de ma déconstruction féministe

Nous sommes en décembre 2018. J’ai 21 ans. Dans ma tête je ne suis pas encore une femme. D’ailleurs, je ne sais pas vraiment ce que cela implique, être une femme. Je ne le sais pas encore.

Avide de liberté et d’émancipation, je pars trois semaines, seule, en Asie. Je suis loin d’imaginer que ce voyage à l’autre bout du monde sera le début d’un bien plus long périple : celui de mon féminisme, de mes remises en question, de mes multiples déconstructions.

Déconstruction féministe : un voyage aux multiples étapes

Tout part d’un podcast, dans un bus brinquebalant qui file à travers les rizières et soulève derrière lui un immense nuage de poussière. Ce podcast, c’est ma première révélation. J’enchaîne les épisodes, j’enchaîne les prises de conscience. Le sexisme ordinaire dans le monde du travail, les violences gynécologiques, la masculinité toxique. Les violences sexistes et sexuelles, le militantisme, les luttes féministes. Je rentre en France et c’est alors que commence le véritable voyage. 

Je m’abonne à des comptes Instagram féministes et je m’y abandonne. J’écoute, je lis, j’apprends. La sexualité, la maternité, le monde professionnel : je vois tout sous un autre prisme. J’ai soif de savoir, je veux comprendre. Mais comprendre quoi ?

Quelques mois plus tard, je me sens déconstruite. Je repère les remarques sexistes, je les dénonce. Je porte un tout autre regard sur ma sexualité, je me sens plus émancipée. J’achète des ouvrages féministes en masse, je refais entièrement mon stock de romans lorsque je réalise qu’il est composé à 90% d’auteurs masculins. Je me construis dans une bulle privilégiée, dans un féminisme blanc bourgeois. 

Désireuse d’agir, de faire plus, j’ai envie de m’engager concrètement. Je rejoins Meufs, Meufs, Meufs et c’est le début d’un militantisme plus assumé. En parallèle, je découvre ce qu’est la sororité et la non-mixité. Je vais pour la première fois dans un rassemblement féministe, je découvre la notion d’activisme ainsi que la radicalité.

Puis je découvre la notion d’intersectionnalité. Elle m’interpelle. Je me renseigne, j’écoute, je lis. Après avoir pris conscience des privilèges des hommes cisgenres, je me prends mes propres privilèges à la tronche. Je me rends compte que ma “déconstruction” était en fait à peine entamée, et qu’elle durera toute ma vie. Je comprends que c’est cette déconstruction qui va m’aider à construire mon féminisme, et à me construire en tant que femme.

Nous sommes en juillet 2020. J’ai 23 ans. Je suis une femme cisgenre, hétérosexuelle, blanche, valide, de classe aisée. J’ai conscience de mes privilèges mais je sais que ce n’est pas suffisant. Mon militantisme est loin d’être parfait. Je fais des erreurs et j’apprends chaque jour des autres et de moi-même à travers mes rencontres et mes expériences. Je vis mon féminisme comme une déconstruction perpétuelle qui permet de mieux me construire, mais aussi de comprendre la singularité de chaque lutte. Et la nécessité de leur convergence. 

Cette déconstruction, c’est un voyage qui n’a pas de destination. 
C’est une odyssée sans fin qui défait chaque part de moi-même.
C’est un cheminement qui me façonne autant qu’il me fascine.
C’est l’histoire de mon féminisme, et c’est mon histoire.

Héloïse