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Collage féministe en soutien aux victimes de violences sexistes

Au Québec, le mois de juillet a été marqué par une vague de dénonciations qui remet le mouvement #MeToo au centre de l’attention

Au début du mois de juillet 2020, une vague de dénonciations de violences à caractère sexuel ou physique a secoué les réseaux sociaux dans cette province du Canada pourtant considérée progressiste en ce qui concerne l’égalité des droits.

Un mouvement qui a prit naissance sur les réseaux sociaux

Publiés sur les réseaux sociaux au début du mois de juillet, près de 3 ans après le mouvement #MeToo en 2017, les témoignages des victimes de violences à caractère physique ou sexuel se sont multipliés. Sur Instagram et Facebook, des noms d’agresseurs présumés sont cités, relayés et très vite, des pages dédiées à la dénonciation sont formées. De victimsvoices.montreal, à victims_voices_academia en passant par victims_voices_restauration, chaque ville, chaque milieu reçoit son lot de dénonciations. Les accusations ne s’arrêtent pas à l’agression sexuelle punie par la loi. On dénonce tout le spectre des violences qui s’inscrivent dans la culture du viol. Une main aux fesses, un commentaire déplacé, un abus de pouvoir… Tous les témoignages sont partagés.

Ce mode d’accusation est très critiqué mais peu étonnant quand on connait la difficulté de porter plainte pour agression sexuelle. Les réseaux sociaux permettent de créer un sentiment de solidarité, comme on l’a vu avec la phrase « On te croit » que l’on retrouve sous presque chaque publication. « Ça peut autant être pour recevoir du support que pour se faire un peu justice » témoigne Clémence Tessier, une étudiante qui a eu l’occasion d’appuyer une dénonciation par son témoignage.

D’après Sandrine Ricci, sociologue et chargée de cours à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), dont la thèse de doctorat porte sur la culture du viol en milieu universitaire, il ne faut pas penser ces mouvements comme ayant un début et une fin. C’est une continuité des différentes mobilisations qui ont eu lieu ces dernières années et depuis les années 70.  Si ces mouvements continuent d’émerger et de prendre de l’ampleur, c’est parce que même dans un pays progressiste comme le Canada, on constate toujours une différence de traitement entre les personnes, notamment vis-à-vis des violences sexuelles. « La violence, c’est généralement interprété comme le signe de rapports de pouvoirs inégaux entre les hommes et les femmes », déclare la doctorante.

Une volonté de changement des mœurs

Dans cette démarche de dénoncer les violences à caractère sexuel ou physique sur la place publique, il y a, non seulement un désir de réforme dans la justice, mais surtout un besoin de pointer du doigt des comportement trop souvent normalisés. 

Quand les gens ont vécu une expérience qui ne ressemble pas au cliché de l’agression sexuelle, c’est comme si c’était moins grave et que ça ne valait pas la peine de dénoncer

« Quand les gens ont vécu une expérience qui ne ressemble pas au cliché de l’agression sexuelle, c’est comme si c’était moins grave et que ça ne valait pas la peine de dénoncer », explique Manon Bergeron, professeure du département de sexologie de l’UQAM et titulaire de la Chaire de recherche interdisciplinaire et intersectorielle sur la violence sexuelle en milieu d’enseignement supérieur. 

En 2016, elle menait l’enquête sexualité, sécurité et interactions en milieu universitaire (ESSIMU) auprès du corps étudiant et des employées de 6 universités francophones au Québec. L’enquête en question avait démontré que 37 % des personnes participant avaient subit une forme d’agression, sans pour autant le reconnaître.

Or, après le vague de dénonciations, les discours prennent une forme différente. « Ça génère une conversation sur des formes de violences sexuelles qui passent souvent sous le radar » explique Sandrine Ricci. « Il y a des formes de violences sexuelles qui ne sont pas criminalisées […] Là, on a ouvert une discussion là-dessus : qu’est-ce qu’on définit comme des violences sexuelles ? »

Des personnalités publiques dénoncées

Parmi la liste dressée par le regroupement Dis son nom sur facebook, des célébrités québécoise se sont vues tomber de haut après avoir été pointées du doigt pour des comportements abusifs. Parmi ces grands noms, on a l’humoriste Julien Lacroix, le chanteur Kevin Parent, l’ex-bassiste du groupe Simple Plan, David Desrosiers, l’animatrice Télé Maripier Morin ou encore le youtuber Jemcee. La liste s’allonge et les personnalités publiques visées se retirent toutes de (ou sont contrainte de quitter) leur plateforme.

Une crédibilité des témoignages débattue

Une chose est certaine : les opinions divergent à propos de cette vague de dénonciation. La population québécoise est divisée sur la question de la légitimité et de la crédibilité des victimes qui s’expriment sur les réseaux sociaux. À la fin du mois de juillet, la firme Léger a mené une enquête pour le compte de l’Association d’étude canadienne afin de mieux comprendre cette dualité des discours.

Selon le sondage, 52 % des canadiens jugent ce moyen de dénonciation injustifiable tandis que 48 % considèrent légitime de porter une accusation sur internet. On constate toutefois une différence générationnelle sur ces questions. Si on s’intéresse à l’âge des personnes ayant répondu, on s’aperçoit que les jeunes de 18 à 35 ans sont à 67 % favorables et à l’inverse, 65 % des 55 ans et plus trouvent ce système inacceptable.

L’enquête indique également que les jeunes sont plus enclins à croire un témoignage anonyme, contrairement à leurs aînés.

Un bilan positif ?

Si une chose est certaine, c’est que ce mouvement n’a laissé personne indifférent. La parole s’est libérée et a pu apporter quelques changements nécessaires. « Je me sens plus appuyée, plus en sécurité » témoigne Clémence Tessier 

Par la suite, il m’est arrivée des petits incidents par rapport à des hommes où je ne me sentais pas en sécurité mais je me suis sentie à l’aise d’en parler […] À la plage, un monsieur avait des comportements déplacés. Avec mes amies on en a parlé aux gens qui géraient la plage et ils ont tout de suite réag. Ils ont appelé la police, ils nous ont écouté, ils nous ont crues alors que j’ai l’impression que ça aurait pu être différent avant.

Dans les établissements scolaires aussi, on ressent un impact. À l’Université du Québec à Montréal (UQAM), par exemple, le Bureau d’Intervention et de Prévention en matière de Harcèlement (BIPH), invite sa communauté à s’adresser directement au personnes en charge des signalements plutôt que de passer par les réseaux sociaux. « Néanmoins, l’UQAM tient compte des témoignages anonymes qui visent des membres de sa communauté, qu’ils soient publiés sur Instagram ou transmis directement au BIPH, et elle fait des vérifications relatives à ces témoignages », appuie Jenny Desrochers, directrice des Relations Presse à l’université.

Moi c'est Marius, journaliste en herbe qui étudie le métier à l'Université du Québec à Montréal. Originaire de Touraine, j'ai aujourd'hui la chance d'étudier à l'étranger et de manger des poutines. J'suis ton pote qui graille le dernier gâteaux apéro sans scrupule, qui fait DJ en soirée et qui reproduit des TikToks un peu cringe. J'écoute jamais de podcasts mais j'aimerais vraiment en tenir un. Pro-black, pro-queer, pro-hoe, procrastinateur et tous les autres.