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Le Nobel de chimie décerné à Emmanuelle Charpentier et Jennifer Doudna pour leurs « ciseaux moléculaires »

Emmanuelle Charpentier et Jennifer Doudna, prix Nobel de chimie
Emmanuelle Charpentier et Jennifer Doudna – Illustration : Nobel Media. Ill. Niklas Elmehed

Les deux généticiennes deviennent ce mercredi 7 octobre 2020, les sixième et septième femmes à remporter un Nobel de chimie depuis 1901.

La veille, la chercheuse Andrea Ghez (et ses collègues Roger Penrose et Reinhard Genzel) recevait le Nobel de physique, devenant la quatrième femme à obtenir le prestigieux prix.

À lire : Andrea Ghez devient la quatrième femme à obtenir le prix Nobel de physique

Un outil moléculaire qui permet « de réécrire le code de la vie »

En 2012, la Française Emmanuelle Charpentier et l’Américaine Jennifer Doudna ont mis au point l’un des outils les plus pointus de la technologie génétique : les ciseaux Crispr-Cas9.

Au lieu d’ajouter un gène nouveau dans les cellules qui ont un gène défaillant, l’outil modifie un gène existant.

Facile d’emploi et peu coûteux, il permet aux scientifiques d’aller couper l’ADN à un point souhaité, pour créer/corriger une mutation génétique, ou encore soigner des maladies rares, par exemple.

Ces ciseaux moléculaires ont été utilisés par les chercheurs en biologie pour « développer des cultures résistantes aux nuisibles et à la sécheresse, et pourraient transformer l’agriculture », explique la revue Scientific American.

En médecine, « la méthode est utilisée dans des essais cliniques de nouvelles thérapies contre le cancer et pour tenter de guérir certaines maladies héréditaires ».

« La possibilité de couper l’ADN où l’on veut a révolutionné les sciences moléculaires. Seule l’imagination peut fixer la limite de l’utilisation de l’outil » a salué le jury Nobel.

Controverses

Cette nouvelle technologie est cependant source de controverse. Crispr-Cas9 et ses dérivés soulèvent des débats sur les réglementations entourant les OGM (Organismes génétiquement modifiés). On s’interroge notamment sur leurs modalités d’autorisation de mise sur le marché, ou sur la possibilité de conduire des populations entières (moustiques, rongeurs…) à l’extinction.

En novembre 2018, le Chinois He Jiankui, annonçait avoir créé les premiers « bébés génétiquement modifiés » sous prétexte de les protéger contre une éventuelle infection par le VIH.

La quasi-totalité de la communauté scientifique, les deux lauréates comprises, a dénoncé cette expérimentation. Un « cauchemar » pour Jennifer Doudna qui ne rejette pas le principe de certaines interventions ciblées sur l’embryon ou les cellules sexuelles, mais juge que la technologie n’est pas mûre.

Qui sont les 7 femmes prix Nobel de chimie ?

1911 : la Franco-Polonaise Marie Curie pour ses découvertes du radium et du polonium.

1935 : la Française Irène Joliot-Curie, fille de Pierre et Marie Curie pour la découverte de la radioactivité induite et de la radioactivité artificielle.

1964 : la Britannique Dorothy Crowfoot Hodgkin pour sa déterminatio, par des techniques aux rayons X, des structures de substances biochimiques.

2009 : L’Israélienne Ada Yonath pour ses travaux sur l’identification de la structure moléculaire du ribosome.

2018 : l’Américaine Frances Arnold pour pour ses travaux sur l’évolution dirigée des enzymes.

2020 : Emmanuelle Charpentier et Jennifer Doudna pour les les ciseaux moléculaires Crispr-Cas9.

7 femmes et 178 hommes

« Les femmes scientifiques peuvent aussi avoir un impact pour la recherche qu’elles mènent », a réagi Emmanuelle Charpentier, peu après la cérémonie. Elle espère transmettre « un message très fort » aux jeunes filles tentées par la science.

Selon William Kaelin, Prix Nobel de médecine l’an dernier, la modification génétique par Crispr-Cas9 est de loin en tête des découvertes de la décennie en médecine. Les deux chercheuses étaient également citées pour remporter un Nobel de médecine.

C’est la première fois dans l’histoire de la récompense internationale qu’un duo de femmes est décoré.

Au total, entre 1901 et 1999, trente femmes ont été récompensées. Elles étaient 24 entre 2000 et 2019.

Cette année elles sont pour l’instant quatre, le prix de la paix et celui d’économie n’ayant pas encore été remis.

Étudiante en journalisme à l’Université du Québec à Montréal, franco-argentine ayant grandi en Turquie je suis passionnée de géopolitique internationale. Sinon je suis phobique des agrumes, en particulier des citrons.