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Femmes et politique, le traitement genré des médias au Québec

Déjà minoritaires en politique, les femmes seraient victimes de stéréotypes sexistes et moins bien représentées dans les médias. C’est ce que dévoile le rapport intitulé « Les représentations médiatiques des femmes aux élections municipales » publié mardi 15 septembre 2020 dans le cadre d’une conférence en ligne.

Au Québec, lors des élections municipales de 2017, les femmes représentaient 32% des candidats de la province. De cette proportion, 19% ont accédé au poste de mairesse et 35% à celui de conseillère municipale, selon la première phase de la recherche.

La seconde phase de cette étude, menée par des chercheuses de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) en collaboration avec la Table de concertation des groupes de femmes de la Montérégie et la Table de concertation du mouvement des femmes de la Mauricie, vise à mettre en lumière les expériences et perceptions des candidates aux élections.

Crainte des médias et biais sexistes

Jugées sur leur apparence et davantage critiquées que leurs homologues masculins, les politiciennes s’imposeraient plus de préparation lorsqu’elles prennent la parole publiquement ou acceptent une demande d’entrevue.

Leurs propos seraient plus souvent rapportés indirectement tandis que les hommes auraient droit d’être cités directement. De plus, le ton employé et leur émotivité seraient régulièrement souligné.

Ce procédé décrédibiliserait les femmes, leur donnant l’air de moins maîtriser leur sujet.

Les femmes auraient aussi tendance à être moins sollicitées pour parler de sujets tels que l’économie, l’infrastructure ou la construction ; des domaines qui sont habituellement catégorisés comme « masculins ».

Cette invisibilisation de leurs propos et les biais sexistes intériorisés auraient un impact sur la perception des électeurs : ils les considèreraient moins aptes à occuper un poste de pouvoir.

Plus d’aisance entres femmes

Selon Véronique Pronovost, doctorante en sociologie à l’UQAM, les participantes auraient cependant plus de facilité à s’exprimer face à des femmes journalistes.

La majorité des candidates se sentiraient plus en confiance pour prendre la parole face à une autre femme. Les journalistes auraient plus de « sensibilité pour dépeindre les propos des politiciennes », explique la chercheuse. Le temps de parole accordé aux femmes serait aussi plus égalitaire, et leurs propos rapportés directement.

Femmes racisées, la double peine

Bien que l’étude ne porte pas spécifiquement sur la problématique des femmes racisées, pour Caterine Bourassa-Dansereau, professeure au département de Communication sociale et publique, il en va de la responsabilité des médias de représenter toute la société.

Parmi les dix-neuf candidates ayant participé à l’étude, trois étant issues de la diversité ont souligné la « volonté de s’exprimer sur des enjeux politiques et professionnels et pas seulement sur des enjeux liés au racisme » rapporte Caterine Bourassa-Dansereau.

Selon Eve Torres, candidate du parti Québec Solidaire en 2018 elle-même concernée par cette réalité, l’enjeu est de considérer les personnes racisées comme des candidates sérieuses. « Les femmes racisées ont tendance à être des vitrines plutôt que des acteurs », explique-t-elle.

Lors de sa campagne, la couverture médiatique était, selon elle, très négative et portait principalement sur son voile : « Il a fallu plusieurs semaines avant que je puisse parler de logement, de santé et d’autres problématiques ».

La jeune femme a d’ailleurs compilé les unes de plusieurs journaux durant sa campagne, soulignant l’obsession des médias pour son appartenance religieuse.

Les unes des médias soulignant l’appartenance religieuse de la candidate Eve Torres
Les unes des médias soulignant l’appartenance religieuse de la candidate Eve Torres – Photo : Eve Torres

Dans le cadre de cette étude, quatre capsules vidéos ont été produites. Elles recommandent de  privilégier une formulation neutre, d’accorder autant d’espace médiatique aux femmes qu’aux hommes, de ne pas faire de commentaires sur l’apparence, et d’intégrer la lutte de stéréotypes dans les communications.

Étudiante en journalisme à l’Université du Québec à Montréal, franco-argentine ayant grandi en Turquie je suis passionnée de géopolitique internationale. Sinon je suis phobique des agrumes, en particulier des citrons.