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Le décès d’une femme autochtone dans un hôpital au Québec ravive la question du racisme systémique

Illustration : Mailys Flamands, @mailysflams

Joyce Echaquan,  une femme autochtone,  serait décédée suite a un surdosage de médicament dans un hôpital au Québec.

Victime de violences médicales,  elle s’est filmée implorant à l’aide. Cette vidéo devenue virale, démontre de propos discriminatoires, racistes et d’une rare violence.

Esti d’épaisse de tabarnouche… C’est mieux mort ça. As-tu fini de niaiser… câlisse ? T’es épaisse en câlisse. T’as fait des mauvais choix ma belle. Qu’est-ce qui penseraient, tes enfants, de te voir comme ça ? Pense à eux autres un peu… C’est meilleur pour fourrer qu’autre chose, pis on paie pour ça. Qui tu penses qui paie pour ça ?

Dans cette vidéo publiée lundi, on peut l’entendre crier à l’aide en attikamek et dire avoir reçu trop de médicaments.

En voyant ces images, la mère de Mme Echaquan a voulu avoir des nouvelles de sa fille. « J’ai tout de suite appelé pour parler à son infirmière. On m’a raccroché la ligne. J’ai rappelé… sans réponse » a expliqué la maman de la défunte.

Joyce Echaquan était une mère de famille de sept enfants. Samedi 26 septembre, elle était arrivée à l’hôpital de Joliette en ambulance, car elle souffrait de maux d’estomac.

La femme de 37 ans était bien connue des professionnels de cet hôpital en raison de ses problèmes cardiaques et de ses accouchements.

« Elle demandait de l’aide, elle réclamait qu’on aille la voir, témoigne son cousin, Réginald Echaquan. Parce qu’apparemment, on l’avait beaucoup médicamentée, et elle était inquiète de ses doses. Elle criait, elle criait pour réclamer de l’aide. »

M. Echaquan raconte aussi que, peu après l’épisode partagé en direct par sa cousine, l’une de ses filles est arrivée auprès d’elle. La fille a touché sa mère et a constaté qu’elle était froide et qu’elle commençait à avoir les lèvres bleues.

« L’infirmière est rentrée et n’a pas vérifié les signes vitaux, poursuit M. Echaquan. Elle a simplement dit à la jeune fille : “Ah, c’est normal qu’elle dorme parce qu’on lui a donné des médicaments”. Si elle avait vérifié, je crois que ça aurait pu donner quelque chose. »

C’est pas vrai. Dis-moi que ce n’est pas vrai. Ils ont tué ma mère ?

Elle est décédée lundi 28 septembre. La communauté autochtone est très choquée, mais pas surprise par cet événement.

« Je ne peux pas dire que j’étais étonnée » affirme Konstantia Koutouki, professeure de droit à l’Université de Montréal et experte en droit des peuples autochtones. On en parle souvent, mais on ne fait rien. » 

Selon l’experte, il est rare que cles personnes autochtones soient traitées avec respect, « il y a très peu de considération pour les peuples autochtones, on ne leur accorde pas le temps nécessaire et on ne les prend pas au sérieux ».  

« Ce n’est pas une exception, c’est la règle dans les différentes institutions », s’est insurgée Tanya Sirois, la directrice générale du Regroupement des centres d’amitié autochtones du Québec, Tanya Sirois. « C’est assez ! Combien de fois, combien d’événements, combien de morts va-t-il falloir pour que tout ça cesse ? C’est inacceptable de constater qu’encore une fois en 2020, c’est ça le traitement réservé aux personnes autochtones. »

À voir : Manon Massé député de Québec Solidaire demande au premier ministre de reconnaître l’existence du racisme systémique et à s’engager à lutter contre celui-ci.  

Racisme systémique

« Une infirmière a été virée, mais cela ne va pas changer les choses, il faut nommer le véritable problème : le racisme systémique », affirme Konstantia Koutouki. « Le premier ministre , François Legault nie cette réalité, nous n’avancerons pas tant que l’on ne reconnaîtra pas ce racisme dont sont victimes les peuples autochtones depuis des années, poursuit la professeure, les femmes autochtones sont la population la plus vulnérable du pays, il faut agir. »

Un cas filmé

« Il arrive quoi dans les cas où il n’y a pas de caméra qui filme en Facebook Live ? », a questionné le chef parlementaire du Parti québécois, Pascal Bérubé.

« Ça m’a fait tellement de la peine. C’est comme si on l’avait tuée. Je souhaite qu’on découvre ce qui s’est passé pour qu’on laisse ma fille mourir comme ça. Je veux que son mari et smes enfants sachent ce qui s’est passé », a lancé la mère de la défunte, Diane Echaquan.

« Moi, j’ai perdu dans les mêmes circonstances ma mère, mon père, mon grand-père, ma grand-mère et des cousins dans cet hôpital », a affirmé son cousin Reginald Echaquan.

Une enquête est en cours afin de faire la lumière sur ce drame. Quels que soient les résultats de cette enquête, les propos entendus sont inacceptables et intolérables », a fait savoir Sylvie d’Amours, la ministre responsable des Affaires autochtones, Sylvie d’Amours. « C’est inacceptable qu’un être humain au Québec vive cette situation et meurt dans l’indifférence comme ça. Jamais je n’accepterai ça », a-t-elle ajouté.

L’enquête du coroner visera à déterminer les causes du décès et réaliser une analyse toxicologique. Selon des informations obtenues par Radio-Canada de proches de la victime par Radio-Canada, elle aurait fait une réaction allergique à la morphine.

« Justice pour Joyce » et réactions

Des centaines de personnes se sont rassemblées mardi soir devant l’hôpital de Joliette afin de rendre hommage à Joyce Echaquan.

Le premier ministre du Québec, François Legault « refusait de reconnaîitre l’existence du racisme systémique au Québec, a déclaré Paul-Émile Ottawa, le chef des Attikameks de Manawan. Il a une preuve concrète sous ses yeux ! »

À lire : Le Canada accusé de « génocide » envers les femmes autochtones

Mercredi, la cheffe libérale , Dominique Anglade, réclamait la démission de la ministre responsable des Affaires autochtones, Sylvie D’Amours, estimant que la ministrequ’elle ne serait « plus apte à occuper ses fonctions ». Une manifestation pacifique est organisée en hommage à la victime samedi 3 octobre.

Étudiante en journalisme à l’Université du Québec à Montréal, franco-argentine ayant grandi en Turquie je suis passionnée de géopolitique internationale. Sinon je suis phobique des agrumes, en particulier des citrons.