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Tribunal de Paris où siège le PNF

Harcèlement moral et sexuel : l’inertie du PNF

En septembre 2020, une greffière porte plainte pour harcèlement moral et sexuel contre un magistrat, ancien vice-procureur du Parquet National Financier. Un an après avoir eu connaissance des faits, le PNF a attendu une plainte pour prendre des mesures de sanction en interne.

Tribunal de Paris où siège le PNF
Le tribunal de Paris, où siège le PNF – Photo : Abaca press

Un vice-procureur “connu pour sa lourdeur”

Très vite après sa prise de fonction pour son premier poste de greffière au PNF, la plaignante ressent une “pression très forte” de la part d’un des deux magistrats avec lesquels elle travaille.

Après de longs mois à endurer remarques sexistes et brimades, elle confie son malaise à sa directrice à la fin de l’été 2019. En cause : des allusions sexuelles constantes et des “moments de grande gêne” dont un massage des épaules non consenti.

En septembre 2019, la greffière de 34 ans est affectée à un autre binôme. Jean-Luc Blachon, son supérieur hiérarchique, affirme ne pas avoir été informé des faits à cette époque.

En octobre 2019, Jean-François Bonhert prend ses fonctions à la tête de la juridiction. Un mois plus tard, il est mis au courant des agissements de son collègue. Outre la plaignante, une magistrate lui fait également part des remarques à caractère sexuel dont elle est victime, de la part du même homme.

Après avoir entendu les deux femmes, Bonhert décide “d’en rester là”.

L’affaire remonte finalement la hiérarchie en décembre 2019. Le vice-procureur ne sera pas sanctionné mais simplement muté au tribunal de Versailles courant 2020.

Une enquête ouverte, un dépaysement demandé

Suite à la plainte, dans la plus grande discrétion, le magistrat mis en cause a été renvoyé devant le Conseil Supérieur de la Magistrature (CSM) en attendant l’audience judiciaire à venir dans les prochains mois.

Consultée par l’AFP, la plainte détaille que l’accusé “se comportera de manière inacceptable au vu et au su de ses collègues du Parquet national financier, sans aucune réaction avant de nombreux mois”.

Interrogé par France Info, l’avocat du magistrat, Me Jean-Yves Leborgne, réfute le harcèlement : “On est plutôt dans la blague un peu lourde que dans le harcèlement sexuel”.

Pourtant, les propos rapportés par les deux femmes dépassent bien la “blague un peu lourde”. Il aurait, par exemple, dit à la plaignante “je te l’aurais bien mis ailleurs” après lui avoir mis un doigt dans le nez. De même, il aurait dit à une de ses collègues magistrates qu’elle “baise comme une lapine”.

Ouverte depuis le 25 septembre, l’enquête judiciaire dépend du tribunal de Paris, juridiction dans laquelle l’accusé a exercé. Pour s’assurer de son impartialité, l’enquête pourrait être prochainement dépaysée (ndlr : confiée à un autre tribunal).

Pas de sanction interne sans plainte

Pas de sanction dans des cas de harcèlement sexuel ou d’agression, c’est un schéma trop présent dans les instances publiques françaises, où la culture du viol est bien installée.

A titre d’exemple, ce haut-fonctionnaire du Ministère de la culture qui, pendant 10 ans, a drogué près de 200 femmes pour les regarder s’uriner dessus. Pourtant prévenus, ses supérieurs au Ministère de la culture n’ont pas réagi. Il a finalement été muté à la Drac du Grand Est (Direction régionale des affaires culturelles) où il a pu continuer ses agissements pendant deux ans jusqu’à ce qu’une enquête soit ouverte et qu’il soit enfin démis de ses fonctions.

Ici, le schéma est le même : une simple mutation sans autre sanction jusqu’à que ce que la victime présumée porte plainte, le 9 septembre 2020.
C’est cette inertie que déplore notamment Me Eric Morain, l’avocat de la greffière : “Ce qui vient ajouter l’écœurement au harcèlement, ce sont les réactions qui sont les mêmes que dans n’importe quelle entreprise. On espérait tellement mieux”.

Féministe depuis toujours je m'engage depuis plusieurs années dans des associations comme Meufs, Meufs, Meufs ou le Planning Familial. Quand je ne milite pas, j'aime boire des bières en terrasse, lire et rire très fort à mes propres blagues.