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Collage féministe à Toulouse "notre colère sur les murs, votre indifférence perdure"

Couvre-feu : les colleur.euses féministes n’ont pas dit leur dernier mot

L’annonce du couvre-feu a eu l’effet d’une bombe au sein des collectifs de collages féministes des villes concernées. Une semaine après, cette nouvelle mesure visant à lutter contre la pandémie de Covid-19 vient d’être étendue à 38 départements. Pour autant, les colleur.euses féministes ne se laissent pas abattre et redoublent d’inventivité pour continuer leur lutte.

Disclaimer : les personnes interviewées parlent en leur nom propre et ne sont pas les porte-paroles du collectif de collages féministes dont iels sont membres. Le mouvement des collages est horizontal et n’a donc pas de leader. À noter également que l’ensemble de l’article est écrit en inclusif et déroge donc à notre règle du féminin neutre par souci de représentation des valeurs des collectifs de collages féministes. 

Les collages féministes, tout le monde les connaît. Difficile en effet de passer à côté de ces messages en grosses lettres noires sur feuille A4 collés sur des murs extérieurs. Et c’est d’ailleurs bien l’un des objectifs de ces collages : interpeller le public sur les violences sexistes et sexuelles et les discriminations subies par toutes les minorités.

Le mouvement des collages est apparu en août 2019 à Marseille mais s’est depuis répandu dans la totalité de la France. De Paris à Toulouse en passant par Rouen, Nantes ou Pau. Les colleur.euses sont bien présent.es, plus motivé.es que jamais à se faire entendre, à se réapproprier l’espace public.

« On veut montrer qu’on est présent.es dans la société, donner un champ de parole à celleux qui n’en ont pas », explique Ysar*, 23 ans, membre du collectif de collages féministes de Toulouse depuis un an. « Cela représente une catharsis pour toutes les répressions subies dans le passé et au quotidien, affirme, quant à elle, Margot, 27 ans et membre du collectif parisien depuis décembre 2019. Les collages sont importants car ils dénoncent, donnent de la visibilité à des sujets dont on entend encore trop peu parler. Ils sont vus par n’importe qui qui marche dans la rue, c’est une manière de dire qu’on ne peut plus fermer les yeux et se taire. ».

S’adapter à ce nouveau rythme

Alors, quand un couvre-feu entre 21h et 6h a été annoncé, mercredi 14 août, dans toute l’Île-de-France et huit métropoles (Aix-en-Provence, Grenoble, Lille, Lyon, Marseille, Rouen, Saint-Etienne et Toulouse), la première réaction a été celle de l’inquiétude. Comment continuer leurs actions alors qu’elles se réalisent principalement la nuit justement ? Après discussions, les membres des collectifs de chaque ville ont trouvé différentes solutions pour s’adapter à ce nouveau rythme.

Collage virtuel réalisé pendant le confinement
Exemple de collage virtuel – Photo : Collages féminicides Paris

« Nous n’allons pas changer grand-chose sur notre manière de coller. Nous organiserons simplement nos sessions plus tôt dans la journée, pour pouvoir rentrer avant 21h. Nous avons aussi émis l’idée de poursuivre les collages virtuels initiés pendant le confinement », précise Margot. Même son de cloche pour les colleur.euses toulousain.es. « Nous faisons des collages flashs, c’est-à-dire une session d’une heure où nous collons deux ou trois slogans max. Nous envisageons aussi de réinvestir les panneaux d’affichages libres dans certaines stations de métro avec des visuels créés par le collectif. Le couvre-feu dissuade mais ne nous arrête pas », déclare Ysar. A Marseille, les membres du collectif se sont aussi organisé.es : « Le fait que la nuit tombe de plus en plus tôt joue en notre faveur. Nous avons donc décidé que les sessions auraient lieu juste avant ou juste après le couvre-feu. Un groupe de colleur.euses a déjà collé à 6h du matin et c’est une alternative parfaitement faisable qui montre notre détermination », confie Giulia, colleuse marseillaise.

Mais toutes les villes n’ont pas fait ce choix. Le collectif de collages de Rouen a, quant à lui, choisi d’arrêter ses activités nocturnes, au moins pour un temps : « Nous réfléchissons à la mise en place d’autres choses, trouver des alternatives comme coller très tôt le matin par exemple. Mais c’est sûr qu’il y aura un fort ralentissement des collages même si nous continuons d’être actif.ve.s sur les réseaux sociaux. » Et avec l’extension du couvre-feu à 38 départements à partir de ce vendredi 23 octobre, d’autres collectifs suivront peut-être l’exemple des adelphes rouennais.ses.

Une conscience militante de plus en plus forte

Il faut donc bien plus qu’un couvre-feu pour empêcher les colleur.euses de rhabiller les murs des villes de slogans féministes. Pour autant, coller n’est pas une action anodine et il faut donc être bien informé.es des risques encourus avant d’y prendre part. « A chaque début de session, nous faisons un topo sur ce que nous devons faire si nous nous faisons surprendre, nous vérifions qu’il n’y a pas de mineur.es parmi nous et que tout le monde a ses papiers avec soi. Certain.es membres sont juristes et nous aident donc à connaître nos droits en cas d’interpellation », assure Ysar.

Avec l’instauration du couvre-feu, les risques ont augmenté. Les forces de l’ordre sont bien plus présentes et plus à l’affût. « En plus d’une amende pour collages, nous risquons l’amende pour non-respect du couvre-feu. Les policiers sont bien plus déterminés qu’avant, ils sont plus nombreux à être en civil et il devient compliqué de les repérer dans la rue. Il faut donc absolument être conscient.es de nos droits et s’engager en tout état de cause », analyse Giulia.

La cohésion et l’adelphité entre les membres des collectifs mais aussi la bienveillance et le respect de toustes assurent une pérennité de militant.es pour le mouvement des collages. Les demandes d’adhésions ne cessent d’augmenter, peu importe la ville. Une réelle et forte consciente militante émerge de plus en plus. Chacun.e souhaite changer le monde, apporter sa touche à l’édifice de lutte contre les violences et les discriminations envers les minorités. Et cela se fait souvent un collage à la fois.


*Ysar a choisi d’être citée sous ce pseudonyme

Après trois années d'études de journalisme, j'ai fait un service civique en Équateur dans une association luttant contre les violences faites aux femmes. Mon féminisme s'est construit aux côtés de ces femmes et de ma mère, présidente d'asso. Grande gueule, j'adore les débats. Je suis aussi végétarienne, fan des gros chiens et de l'odeur des livres neufs. Et mes amies vous diraient que je suis une danseuse hors pair !